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Italie: Sur le point d’être destitué, Berlusconi évoque « un jour de deuil »

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berlusconi« C’est un jour amer, un jour de deuil », a déclaré mercredi 27 novembre Silvio Berlusconi, la main sur le cœur, en sortant saluer ses partisans à Rome, peu avant un vote au Sénat sur sa destitution.

« Aujourd’hui, en vous regardant dans les yeux, je vois que l’émotion n’est pas seulement la mienne mais aussi la vôtre », a-t-il dit, en remerciant les milliers de partisans rassemblés pour le soutenir devant sa résidence romaine.

Silvio Berlusconi, au centre de la vie politique italienne depuis 20 ans, est sur le point d’être expulsé du parlement, sans conséquences immédiates toutefois sur le gouvernement.

Les débats sur « l’invalidation de l’élection du sénateur Berlusconi » en février dernier ont commencé vers 11 heures (en France) et se sont poursuivis quasiment sans pause avant un vote prévu pour débuter vers 18 heures, au lieu de 20 heures initialement.

La loi prévoyant la « déchéance est parfaitement applicable au sénateur Berlusconi » après sa condamnation définitive pour fraude fiscale le 1er août, a jugé Dario Stefano, chef de la commission sénatoriale chargée de ce processus de destitution.

« L’unique objectif est d’éliminer Silvio Berlusconi. Vous ne lui pardonnez pas de vous avoir empêchés pendant 20 ans de gouverner, de mettre la main sur le pays », a répliqué Manuela Ripetti, une sénatrice de Forza Italia.

Les partisans du Cavaliere ne désarment pas

L’issue du scrutin ne fait guère de doutes puisque la gauche et le Mouvement Cinq Etoiles de l’ex-comique Beppe Grillo uniront leurs voix pour voter la destitution.

Cela aura-t-il un impact sur le fonctionnement du gouvernement ? A priori non, car ce dernier, de coalition gauche-droite et dirigé par Enrico Letta, peut compter sur la fidélité de ses ministres de droite et sur 50 parlementaires regroupés sous l’appellation Nouveau Centre droit.

Alessandra Mussolini, petite-fille du dictateur italien Benito et sénatrice ultra-fidèle du Cavaliere, les a accusés d' »être uniquement intéressés par leurs fauteuils ». Ce vote « est une question de coeur, d’humanité et d’éthique », a-t-elle fait valoir.

Les « faucons » du camp de l’ex-chef du gouvernement Silvio Berlusconi, dont Alessandra Mussolini, ont officialisé leur passage à l’opposition mardi soir en votant contre la loi budgétaire.

« Ce n’est pas la fin du gouvernement de ‘large entente’ car le gouvernement reste soutenu par des partis politiques qui ont constitué, comme en Allemagne, une grande coalition », a commenté Enrico Letta mercredi.

Berlusconi comparé à Mandela

Plusieurs milliers de partisans de Silvio Berlusconi, chacun muni de son drapeau vert-blanc-rouge Forza Italia, se sont rassemblés en début d’après-midi pour exprimer leur solidarité vis-à-vis de leur chef. Au cours du débat au Sénat, un de ses élus l’a même comparé à Nelson Mandela.

« Le Cavaliere, martyr de la liberté », clamaient des pancartes pendant que défilaient sur de grands écrans le fameux discours de l’entrée en politique de Silvio Berlusconi en 1994 et des images le montrant avec les grands dirigeants du monde.

Silvio Berlusconi devait s’adresser à eux depuis un podium, puis partir rapidement pour sa résidence d’Arcore près de Milan sans assister au vote sur sa déchéance à Rome.

Au fil des commentaires recueillis dans la rue, beaucoup d’Italiens se sont dits lassés de 20 ans de polarisation politique entre adversaires et partisans de Silvio Berlusconi. L’Italie « doit aller de l’avant après avoir été bloquée tout ce temps », a estimé Giulio.

« A son âge, on ne va pas en prison »

Privé de son immunité parlementaire, Silvio Berlusconi pourrait-il être arrêté dans le cadre de l’une des procédures judiciaires encore en cours à son encontre ? « C’est une hypothèse absurde, complètement irréelle », a assuré Franco Coppi, l’un de ses avocats.

« A son âge, on ne va pas en prison sauf dans des cas exceptionnels », a ajouté Piercamillo Davigo, ex-membre du fameux pool anticorruption Mains Propres.

Jusqu’au dernier moment, Silvio Berlusconi a tenté d’éviter le couperet de son humiliante expulsion en présentant de « nouvelles preuves » qui lui permettront, assure-t-il, d’obtenir une révision du procès Mediaset qui a abouti le 1er août à sa première condamnation définitive en 20 ans d’ennuis judiciaires.

« Berlusconi est encore et restera très puissant »

Le vote sur sa destitution est le résultat d’une loi adoptée en 2012 prévoyant l’inéligibilité pendant six ans de tout élu condamné à une peine de plus de deux ans (le Cavaliere s’est vu infliger quatre ans, dont trois annulés par une amnistie). Le Cavaliere a en outre déposé des recours devant la Cour européenne des droits de l’homme.

Sur le plan politique, il ne s’avoue pas vaincu non plus. Il restera à la tête de son parti refondé Forza Italia qui, en cas d’élections anticipées, arriverait ensemble avec ses alliés de droite à obtenir de 34,5 à 37% des voix, contre 31 à 33% pour le centre gauche, selon de récents sondages.

« Même si son pouvoir est sur le déclin, Berlusconi est et restera très puissant. Il a encore d’énormes ressources, possède toujours ses médias (dont trois chaînes de télévision), a obtenu 10 millions de voix il y a six mois », relève le politologue James Waltson.

avec afp

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