Monde

Les Sud-Africains émus à la vue de la dépouille de Mandela

une-femme-qui-a-perdu-connaissance-apres-avoir-rendu-hommage-a-mandela

une-femme-qui-a-perdu-connaissance-apres-avoir-rendu-hommage-a-mandelaSubmergés par l’émotion, des milliers de Sud-Africains ont commencé mercredi à rendre un ultime adieu, personnel cette fois, à Nelson Mandela. La file d’attente pour s’incliner devant sa dépouille atteignait un kilomètre et demi dans l’après-midi.

Beaucoup de gens comparaient la scène aux files gigantesques qui s’étaient formées devant les bureaux de vote, lors des premières élections démocratiques post-apartheid de 1994, qui permirent à Mandela d’accéder au pouvoir.

Dans le grand amphithéâtre de plein air devant Union Buildings, celui-là même ou Mandela avait été investi président, les Sud-Africains ordinaires se succédaient, en un flux lent mais soutenu, de part et d’autre du cercueil, ouvert et laissant apparaître visage et buste du père de la nouvelle Afrique du Sud.

Les visiteurs, qui pour beaucoup avaient attendu depuis l’aube, se recueillaient brièvement, se signaient pour certains. D’autres étaient brutalement saisis par la réalité de la perte, avec ce dernier regard, qui était pour beaucoup le premier de leur vie, sur le premier président noir du pays.

Comment allez-vous, M. Mandela ?

Des femmes étaient consolées, ou gentiment amenées à l’écart par des policiers ou des proches.

«J’étais tellement triste, quand je l’ai vu allongé là, comme s’il pouvait se réveiller. Comme si je pouvais lui dire +Comment allez-vous, M. Mandela ?+», déclarait à l’AFP Anna Mtsoweni, 44 ans, pour qui la journée d’attente avait commencé vers 5H00 du matin.

En fin de matinée les dirigeants étrangers ou personnalités encore présents en Afrique du Sud après la cérémonie de mardi –comme Bono, Bill Clinton, Goodluck Jonathan, Robert Mugabe– avaient été parmi les premiers, après la famille Mandela, à se recueillir en fin de matinée devant le cercueil.

Emue aux larmes, Graça Machel, la veuve mozambicaine de Mandela s’était arrêtée longuement, posant ses mains sur le cercueil, en une pose grave, avant de se détourner.

Winnie l’ancienne épouse de Mandela, ou la top-model Naomi Campbell, ne pouvaient davantage retenir leurs larmes après le passage près du cercueil, que les visiteurs pouvaient approcher jusqu’à un mètre ou deux, sur une estrade couverte. Aucune photo n’était autorisée.

Les Sud-Africains, que Barack Obama a remercié mardi d’avoir «partagé avec le monde» Nelson Mandela, semblaient se réapproprier le décès du père de la transition démocratique.

«J’ai très envie de le voir. J’ai besoin d’accepter qu’il est parti», expliquait à l’AFP Dora Monyake, 58 ans. «Il a fait son chemin et à présent il est arrivé au bout, je suis heureuse de le voir reposer. J’étais ici aussi, pour son investiture (en 1994). Et je lui fais mes adieux».

«Je ne l’ai jamais rencontré, c’est ma seule chance, et il est important de lui rendre hommage. Je suis Sud-Africain. Je me dois d’être ici», lançait Vaughan Motshwene, 28 ans.

Tôt le matin, le cercueil avait quitté l’hôpital militaire pour la présidence, empruntant une route symbolique, devant la prison centrale où Nelson Mandela fut détenu en 1962, puis la Haute cour où il fut jugé pour haute trahison en 1963-64, procès qui allait aboutir à ses 27 ans de prison.

Sur le parcours du convoi, un corbillard noir aux vitres transparentes, précédé d’un escadron de motards, une foule relativement clairsemée a fait un dernier signe au combattant de la lutte contre l’apartheid, certains lançant des fleurs, d’autres brandissant un poing fermé.

«C’est un moment de fierté pour un Sud-Africain», déclarait Aubrey Makgobela, 24 ans, venu assister au passage du cortège avant de se rendre au travail.

De manière frappante, la foule était beaucoup plus diverse que la veille à la cérémonie du stade de Soweto, avec nombre de Métis, d’Indiens, de Blancs aussi recueillis

Ainsi Wouter van Wyk, employé de sécurité afrikaner de 35 ans de Pretoria. «J’ai emmené mes enfants (8 et 14 ans) pour rendre hommage à Mandela. Il a fait ce dont beaucoup d’autres auraient été incapables: éviter une guerre civile».

«Ons lief jou» (Nous t’aimons), pouvait-on lire en afrikaans sur un des panneaux rédigé en afrikaans, au pied du monument aux morts des deux guerres mondiales, face à Union Buildings, croulant sous une avalanche de fleurs, messages et ours en peluche apportés ces derniers jours.

«Cher Tata (papa) Madiba, merci de m’avoir appris à pardonner», avait écrit un enfant.

Hommage en musique au Cap

Jusqu’à vendredi, le cercueil de Nelson Mandela sera transporté chaque matin à travers Pretoria, et le public pourra venir faire ses adieux, dans un dernier et furtif tête-à-tête, avant l’inhumation de Nelson Mandela dimanche, à plus de 900 km, dans sa lointaine province natale du Cap oriental (sud), berceau de ses ancêtres xhosas.

Mercredi en fin d’après-midi et en soirée, la ville du Cap tenait son propre hommage dans le stade de la ville, avec un concert rassemblant notamment Johnny Clegg, Ladysmith Black Mambazo et Annie Lennox, des prises de parole de l’ex-capitaine de l’équipe sud-africaine de rugby François Pienaar –champion du monde 1995– et de la chef de l’opposition Helen Zille.

Cette célébration, prévue festive, joyeuse, de la vie et de l’œuvre de Mandela devrait contraster avec la cérémonie d’hommage, un peu fastidieuse, la veille dans le stade de Soweto.

La pluie, les huées essuyées par le président Jacob Zuma, et une piètre réalisation en son et images ont empêché une réelle communion dans l’émotion, pour une foule qui était surtout venue pour danser et chanter Mandela. La presse sud-africaine de mercredi retenait l’«humiliation» (The Star) subie devant le monde entier par Jacob Zuma.

Comments
To Top