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Algérie: polémique autour d’une émission TV sur la vie nocturne dans les cités universitaires de filles

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prostitutionLa polémique autour d’un reportage diffusé, la semaine dernière, par la chaîne  »Ennahar TV » sur la vie nocturne dans les cités universitaires de filles en Algérie ne cesse d’enfler, déclenchant une levée de boucliers contre son contenu jugé « préjudiciable », mais aussi un débat élitiste sur la question de la déontologie.

Face aux remous créés au sein de la société et des familles par ce programme, qui a reçu un accueil mitigé de la critique et du public, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Mohamed Mebarki, est monté dimanche au créneau pour dénoncer « de la façon la plus ferme cette manipulation qui veut faire croire que nos résidences universitaires des filles sont des lieux de débauche et qui jette le discrédit sur nos étudiantes ».

La chaîne, qui risque des poursuites judiciaires, « a fait dans l’approximation et le manque de professionnalisme, le fait que le reportage condamne, sans exception, toutes les filles qui vont à l’université », a-t-il dit.

Munies de caméra miniature pour la réalisation de cette mission « Top secret », deux journalistes, affichant l’intention de « briser le tabou » sur un sujet extrêmement sensible dans une société conservatrice, se sont infiltrées dans une résidence estudiantine pour démasquer « les mafias qui pervertissent des filles venues de toutes les régions du pays, avant de tomber, telles des proies, dans les filets de dépravés ».

Dans cette enquête intitulée « Quand des étudiantes se transforment en filles de joie », les deux reporters ont été surprises de voir de jeunes hommes « rôdant dans la cité sans qualité et sans aucune raison valable ». Plus tard dans la soirée, la caméra a filmé des filles en tenue légère en train de se faufiler de la cité universitaire pour monter à bord de véhicules, qui vont les ramener à l’aube.

Pour un commentateur, l’enquête d »’Ennahar TV » pose le problème du « très délicat » rapport entre la liberté d’expression et les libertés individuelles: « D’un côté, les médias ont le droit d’enquêter, c’est leur mission ; de l’autre, ils n’ont pas le droit de toucher à la vie privée des gens, d’autant que ces étudiantes ne sont pas des personnalités publiques ».

« Aux yeux de nombreux facebookeurs et Algériens, le reportage est une honte et une atteinte à l’image des étudiantes et de l’université », fait observer un autre commentateur, notant cependant que de nombreux reportages sur les sorties nocturnes des étudiantes ont été publiés dans la presse sans soulever « le même tollé ». En cause. « C’est la première fois qu’une télévision algérienne privée dévoile en +images+ ce phénomène ».

D’un point de vue sociologique, l’Union nationale des femmes algériennes (UNFA) a estimé que la chaîne n’a pas pris en considération « la situation de milliers d’étudiantes qui auront des problèmes avec les mentalités figées qui ne sont pas encore réellement convaincues du droit de la fille à l’enseignement ».

L’UNFA est allée jusqu’à considérer le reportage comme « une autre tentative de remettre en question les acquis de la femme algérienne qui représente à l’heure actuelle plus de 60 pc des diplômés universitaires ».

Deux jours après la diffusion de l’émission, le mardi 10 décembre, l’Office national des œuvres universitaires (ONOU) a déposé plainte contre la chaîne satellitaire privée, qui émet ses programmes de l’extérieur de l’Algérie, pour « diffamation et intention de nuire au secteur de l’enseignement supérieur ».

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