Cinéma

Le cinéma marocain en 2013 : Dynamique multiforme sur la voie du renouveau

cinema

cinemaL’année 2013 aura été une étape décisive dans le processus du renouveau du septième-art marocain. La création d’un cadre référentiel qui fédère à la fois les actions des différents acteurs du secteur et les mécanismes institutionnels ouvre à cet effet la voie devant la promotion de la place de ce cinéma prometteur sur la scène artistique régionale et internationale.

Alors que le Maroc a réussi, durant la dernière décennie, à maintenir un rythme de production d’une vingtaine de films par an, parvenant ainsi à se positionner en haut de la marche aux niveaux arabe et continental et à glaner de nombreux Prix dans des festivals internationaux, les cinéphiles et professionnels insistent, eux, sur le fait que le potentiel créatif dont recèle le secteur reste encore sous-exploité.

Si les assises du cinéma d’octobre 2012 avaient traduit une volonté politique et une adhésion collective au projet du renouveau du cinéma marocain, dans le cadre d’une vision globale, le  »Livre blanc », présenté en octobre dernier, est venu, lui, poser des jalons solides à la renaissance escomptée. Une sorte de plate-forme qui met à l’épreuve l’engagement et la détermination de l’ensemble des intervenants à produire et véhiculer une image cinématographique rayonnante du Maroc et des Marocains.

Ce livre, élaboré par une commission scientifique présidée par le chercheur Abdellah Saaf, s’articule autour de six axes portant sur la production cinématographique, la distribution, les métiers du cinéma, la protection des droits d’auteur, le rayonnement du cinéma marocain et enfin un volet lié aux aspects institutionnels et juridiques pour la réforme du secteur.

Pour que le renouveau soit inclusif, la présentation de ce document de référence pour le septième art national a été accompagnée par le lancement d’un important chantier juridique portant sur la révision de la loi régissant l’industrie cinématographique et celle relative au Centre cinématographique marocain (CCM).

Et comme ce livre ne pourra à lui seul remédier aux maux du cinéma national, le directeur du CCM, Noureddine Sail, souligne que le secteur privé est vivement appelé à accompagner la dynamique créée par l’Etat en investissant massivement, dans la perspective d’atteindre le chiffre de 400 salles de projection dans les dix prochaines années et favoriser ainsi les conditions de création d’un véritable marché cinématographique national.

Toujours dans la foulée des efforts institutionnels de rationalisation des moyens et des mécanismes de soutien du secteur, une commission chargée de la numérisation, de la modernisation et de la création des salles de cinéma et une autre de soutien des manifestations cinématographiques ont été mises sur pied. L’objectif escompté est d’assurer ‘’les règles d’égalité des chances et de transparence et le suivi des soutiens ciblés’’ dans le but ‘’d’améliorer le professionnalisme des festivals de cinéma’’ d’une part, et de faire face, de l’autre, à ‘’la détérioration dont pâtissent les salles de cinéma au Maroc’’.

Ces deux commissions, qui s’ajoutent à celle du fonds d’aide à la production cinématographique, constituent les piliers du soutien public au septième-art national dans les domaines de la production, de la distribution et de l’animation.

Il convient de rappeler, dans ce sens, que cet appui à la production nationale est passé de 33,7 millions de Dh en 2004, l’année qui avait marqué la révision à la hausse du soutien public au cinéma national, à 56,53 MDH en 2012 et à 60 MDH en 2013, incluant l’avance sur recettes et le soutien à l’écriture du scénario.

Cette évolution démontre clairement l’engagement public soutenu en faveur de la promotion de la production cinématographique nationale. Une politique qui est souvent citée en exemple aux niveaux arabe et continental.

Toutefois, aussi importants soient les mécanismes institutionnels, financiers et législatifs, l’élément humain reste la pierre angulaire de l’édifice de la renaissance du cinéma national. Et c’est justement dans le souci de promouvoir la formation dans ce secteur très concurrentiel que l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel et du cinéma (ISMAC) a vu le jour pour renforcer le réseau des établissements qui forment de manière scientifique et pédagogique les talents artistiques en herbe.

L’année 2013 a été à cet effet marquée par la création de la Fondation de l’ISMAC, qui réunit des partenaires institutionnels et des professionnels du secteur. Le but qui lui a été assigné est d’appuyer le projet de l’Institut, en accompagnant la formation de producteurs, de scénaristes, de réalisateurs et de techniciens qui constitueront la clef de voûte de la production audiovisuelle et cinématographique pour les prochaines années.

Enfin, il importe de souligner qu’à côté de la dynamique créée autour du septième-art marocain, les observateurs et acteurs locaux ne cessent d’insister sur la primauté du marché national, qui doit se hisser en véritable locomotive du développement du secteur.

Car aujourd’hui le constat est bien énigmatique : le secteur assiste d’un côté à un accroissement de la production cinématographique, à l’émergence de nombreux talents et à la succession des succès internationaux, et de l’autre à une sorte d’extinction bien triste des salles de projection. Devant ce paradoxe, le projet du renouveau du cinéma national se trouve appelé à relever un défi culturel majeur : Faire revivre les traditions collectives du spectacle auprès du public marocain.

Nizar LAFRAOUI

Comments
To Top