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Trois romans marocains en lice au Prix Booker: Un hymne à la vitalité du récit marocain

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livre_1En accédant à la liste restreinte des romans en compétition cette année pour le prix Booker du roman arabe, trois oeuvres marocaines viennent de s’assurer une nouvelle reconnaissance pour, à la fois, la vitalité et la créativité de ce genre littéraire au Maroc qui se place désormais au panthéon du roman arabe.

Certes, la chance sourit rarement à la littérature marocaine quand il s’agit de distinctions décernées dans le monde arabe. Mais, les dernières années marquent plutôt un tournant remarquable dans les cercles de production littéraire, qu’il soit pour la poésie, le roman ou la nouvelle avec une transition d’une centralité excessivement dominante de l’orient vers une pluralité des voix où le Royaume détient une place de choix comme centre d’un mouvement littéraire rénovateur.

Avec trois romans, le Maroc trône en effet sur la longue liste annoncée à Abu Dhabi, égalant le nombre d’oeuvres représentant l’Irak et l’Egypte réunis, pourtant les pôles traditionnels de la culture arabe ancienne et contemporaine.

Si la culture marocaine a déjà réussi, de longue date, à s’affirmer, de manière incontestable, dans les sphères de la pensée et de la critique, grâce à la capacité des chercheurs marocains à intégrer les derniers concepts et instruments méthodologiques et analytiques, elle est surtout parvenue, au cours des dernières années, à hisser haut la production littéraire, notamment narrative. Dans un récent entretien accordé à la MAP, le poète égyptien Ahmed Shihawi relève un développement significatif en termes d’interaction du public en général et de l’élite du Moyen-Orient avec les oeuvres culturelles marocaines.

« Auparavant, on s’intéressait aux publications des Marocains essentiellement dans les sphères de la pensée, la critique et les traductions, ce qui reflète une approche réductrice et injuste, mais ces dernières années ont été marquées par une offre croissante dans les circuits de distribution culturelle au Moyen orient d’oeuvres romantiques et poétiques du Maroc », a indiqué M. Shihawi.

Cette visibilité grandissante, en particulier des romans, dans le paysage littéraire arabe s’explique notamment par la tendance de plus en plus des écrivains marocains à publier leurs oeuvres dans les grandes maisons d’édition au Caire et à Beyrouth. En effet, sur les trois romans nominés pour le Booker, deux ont été publiés au Moyen orient: « Tayer Azraq Nader Youhalliq Maï » de Youssef Fadil, aux éditions +Dar Al Adab+ à Beyrouth et « Mawsimou Sayd al Zounjour » de Ismail Ghazouli aux éditions +Dar Al-Ain+ au Caire, tandis que le troisième « Taghribat al Abdi al machhour bi Ould al Hamriyya » de Abderrahim Habibi est paru chez +Ifriquia+ à Casablanca.

A une question sur l’attrait qu’éprouve aujourd’hui les maisons d’éditions du Moyen orient pour la littérature marocaine, la directrice de Dar Al-Ain relève dans ce sens que « l’écriture marocaine est aussi exquise que profonde. Le roman marocain était enveloppé dans les mystères de l’océan immense avant que je ne le découvre, à travers mon interaction avec les écrivains et les lecteurs marocains, ce qui explique ma passion pour la publication de ces oeuvres ».

Le roman « Tayer Azraq Nader Youhalliq Maï » illustre la passion de Youssef Fadel d’écrire, durant ces dernières années de son parcours littéraire, sur les souvenirs douloureux de la période de la détention secrète, à travers son personnage Aziz. Dans ce roman, l’espace symbolise l’attente. L’attente qu’endure +Zina+ dans l’espoir d’un retour d’Aziz de la prison, l’inconnu. Le roman « Mawsimou Sayd al Zounjour » de Ghazouli relate, quant à lui, l’histoire d’un saxophoniste français en visite dans le lac « Aglmam Azagza » au Moyen Atlas sur invitation d’un ami marocain. Il se retrouve embourbé dans un labyrinthe sans fin, avec comme principal protagonistes, le lieu mythique, des corbeaux obsédés par les dessins en forme de cercles et le poissant légendaire. Dans le magazine « Addaouha », Yassin Adnan décrit le roman comme une sorte de labyrinthe sinueux qui, à la fois, s’ouvre et se renferme sur les visages actifs de personnages suspects venus au lac avec des prétextes avoués mais qui dissimulent d’étranges vérités. Et de conclure que l’oeuvre est un roman noir qui évoque l’Atlas, sa nature, sa magie et les secrets des sommets amazighs. C’est un roman amazigh écrit en une langue arabe parfaite. Par ailleurs, Abderrahim Habibi est en lice dans cette compétition avec « Taghribat al Abdi al machhour bi Ould al Hamriyya », son troisième roman après « Khoubz, haschisch ou samak » paru en 2008 et « Saad Sa’oud » en 2010. Sa dernière oeuvre s’inspire d’un manuscrit retrouvé à Safi, sa ville natale, qui lui serve pour construire un univers riche en expérimentations et réfractaire aux stéréotypes traditionnels de la narration. Force est de rappeler que la présence remarquée du roman marocain dans la liste du Booker, aux côtés d’éminentes figures du roman arabe comme le Palestinien Ibrahim Nasrallah, l’Algérien Wasini laaraj, ou l’Egyptien Ibrahim Abdel Majid, s’inscrit dans le prolongement du couronnement du roman marocain en 2011, en la personne de l’écrivain Mohammed Al- Achari pour son roman « Al Qaws wa Al Faracha ». La short list comportait alors un autre romancier marocain, Bensalem Himmich et son roman « Mouaadibati ». Cette année, la liste des nominés pour le prix Booker arabe comporte 16 oeuvres représentant outre le Maroc, l’Algérie, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, l’Irak, le Koweït, la Syrie, le Liban et la Palestine. Les oeuvres en question ont été sélectionnées parmi 156 romans originaires de 18 pays arabes. Une liste restreinte des six oeuvres finalistes sera annoncée le 10 février prochain alors que le nom du lauréat sera dévoilé le 29 avril à Abou Dhabi.

Le prix Booker arabe, créé en collaboration avec le prix Booker britannique et la Fondation des Emirats, a été décerné lors de sa première édition en 2008, à l’Egyptien Baha Tayer puis pour les années suivantes respectivement à son compatriote Zidane Azrail, au Saoudien Abdou Khal, au Marocain Mohamed Achaari, au Libanais Rabae Jaber et l’an dernier au Koweitin Saoud Saonoussi.

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