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Les Suisses mettent fin au principe de libre circulation des personnes

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suisse-vote Au lendemain du rejet par referendum de la libre-circulation européenne, les milieux politiques et économiques suisses tentent de voir comment intégrer cette nouvelle donne dans les relations avec l’Union Européenne, premier partenaire économique de la Suisse.

Alors que les opposants à ce texte adopté dimanche à une très courte majorité craignent de graves conséquences, les autorités ont réagi avec pragmatisme, une vertu très suisse, en annonçant que le gouvernement allait déposer d’ici l’automne au parlement un projet de loi reprenant les principales dispositions du texte du référendum qui demande la « fin de l’immigration de masse ».

« Nous allons agir rapidement et de manière conséquente », a déclaré la ministre de la justice Simonetta Sommaruga, dimanche soir à Berne, en présence de tous les membres du gouvernement.

Les commentateurs rappellent le vote du 9 octobre 1992, quand les électeurs avaient refusé une adhésion à l’Espace économique européen, infligeant un camouflet aux autorités qui militaient pour cette adhésion mais le gouvernement refuse d’être aussi catastrophiste qu’à l’époque.

Un ministre suisse avait alors lancé « c’est un dimanche noir », une formule restée célèbre, et qui s’est traduite dans la réalité par une décennie difficile pour l’économie suisse.

Didier Burkhalter, ministre des Affaires étrangères, et président en 2014 de la Confédération, a estimé dimanche qu’il fallait « faire attention avec ce genre de commentaire » et il a promis d’aborder ces questions avec « pragmatisme » dans les capitales européennes, en premier lieu à Berlin dans quelques jours.

Une décision populaire

Le système suisse se fonde sur le fait que le peuple peut décider ce qu’il veut, a-t-il indiqué en substance, et à partir de là, le gouvernement se doit de mettre en ?uvre la décision populaire de la meilleure manière possible pour le pays, même s’il est en faveur d’une autre solution.

Lundi, l’UBS a publié ses prévisions économiques pour la Suisse en 2014. Ces prévisions ne tiennent pas compte du résultat du référendum intervenu la veille.

L’UBS prévoit pour la Suisse un taux de croissance de 2,1%, soit presque deux fois plus que ce qui est prévu dans la zone euro (+1,1%).

En 2013, la Suisse a connu une croissance de 1,9% environ, alors que dans la zone-euro, elle était négative de -0,4%.

« Rien en va changer à court-terme en Suisse, les accords de libre-circulation sont toujours en vigueur, il y a un délai de 3 ans pour mettre en place les quotas », a déclaré à l’AFP M. Daniel Kalt, chef économiste de l’UBS pour la Suisse.

Selon lui, à court terme ce vote ne devrait avoir aucun effet direct sur la situation économique. « Il y a cependant un risque indirect lié au climat d’incertitude politique dans le pays, les investisseurs vont peut-être hésiter à présent pour venir en Suisse », a-t-il ajouté.

Les chiffres du chômage pour le mois de janvier publiés lundi montrent un taux inchangé de 3,5%.

Dans la zone-euro, le taux de chômage est de 12,1%.

La Suisse doit rencontrer la Commission européenne « pour expliquer ce que le peuple a décidé et ce qu’il veut », a déclaré à l’AFP Valentin Vogt, patron de la Fédération des employeurs suisses (patronat).

« Nous devons aussi commencer à négocier avec l’UE sur la libre-circulation des personnes (…) et trouver ensemble une solution », il faut que « les deux parties trouvent un accord », a-t-il ajouté

La principale conséquence du vote de dimanche est l’ouverture d’une « longue période d’incertitudes sur ce qui va se passer, s’il y aura ou non un accord (avec l’UE), et quels en seront les effets », a-t-il dit.

Signe de cet attentisme des milieux économiques, le franc suisse n’a pas été affecté lundi sur les marchés des changes.

Lundi, la Suisse a aussi obtenu le soutien inattendu de l’ancien Premier ministre français François Fillon, qui a estimé qu’il était « parfaitement naturel » que la Suisse veuille diminuer le nombre d’étrangers sur son territoire, qui doit être modulé en fonction de la capacité à les intégrer. Selon lui ce modèle devrait être repris par la France ou l’UE.

L’ancien Premier ministre a cependant estimé que les frontaliers devraient bénéficier d’un autre traitement, alors que le texte voté dimanche les considère sur le même plan que les étrangers s’installant en Suisse.

afp

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