Cinéma

FNF-2014 : « Boulanoir », et le prolétariat marocain vit le jour

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boulanoir« Boulanoir », un film de Hamid Zoughi projeté lundi dans le cadre de la compétition officielle du long-métrage de la 15-ème édition du Festival National du Film de Tanger (FNF), est un focus sur la naissance de la classe ouvrière marocaine et les prémices d’une conscience politique qui allait alimenter la lutte pour l’indépendance du Maroc.

Inspiré d’un roman de Othmane Achelkra, ce long-métrage, qui se penche sur la période entre 1921 et 1951, raconte la naissance d’un village de mineurs à 1,5 km de Khouribga, dit « Boulanoir », un nom dont l’étymologie soulève une controverse entre deux thèses, une qui l’impute à l’expression française « boule-noire », en référence aux prisonniers affectés à l’exploitation des mines et qui étaient enchaînés à de lourdes boules pour les empêcher de s’enfuir et l’autre qui le lie à un marabout de la région (le film insinue que ce marabout a été créé, ou du moins utilisé, par les autorités du protectorat pour maîtriser la population). Avec le début de l’exploitation du phosphate par le protectorat français, le besoin en main-d’oeuvre se fait de plus en plus ressentir et c’est vers les jeunes des tribus de la région, principalement des agriculteurs, que les autorités se tournent pour faire tourner les mines. Travaillant dans des conditions pénibles, avec des moyens rudimentaires, ces jeunes, à qui on a fait miroiter un revenu stable et un avenir meilleur pour les attirer dans cette trappe à hommes, subissent des accidents répétitifs entraînant plusieurs morts, blessés et handicapés. C’est là que ces mineurs, dont beaucoup ont des proches morts ou mutilés dans les mines de France, commencent à protester.

Approchés, puis encadrés par des syndicalistes français et encouragés par des Marocains ayant une certaine influence intellectuelle ou religieuse, ces jeunes ont entamé leur long et douloureux processus d’initiation (fait d’intimidation, de répression et de persécution) aux notions du travail syndicaliste et des droits de l’Homme, qui vont évoluer ensuite vers une conscience politique et les prémices de la lutte pour l’indépendance.

A travers la création et l’évolution de ce village, ainsi que les événements qui l’ont marqué, c’est toute la mutation politique, démographique, économique et sociale du Maroc du début du 20 siècle qui est esquissée. Le calvaire des femmes de ce village, qui ont eu leur part d’injustice, la bataille contre les tentatives de séparation et de maîtrise de la population par les représentants du protectorat, la position de la religion (représentée par le Fkih du village) à l’égard de certaines questions et la relation de l’homme avec la terre ont été également soulevés pour raconter cette petite histoire de la grande Histoire du Maroc sous le protectorat.

Dans le cadre de la compétition officielle de court métrage, le film « Et moi » d’El Houssain Chani, met en scène, en six minutes, la révolte d’un enfant maltraité par son père qui travaille comme fabricant de brique

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