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Guerre des routes, beaucoup reste à faire

Accident-Autocar
Accident-AutocarL’analyse des indicateurs des accidents de la circulation en 2013 fait ressortir que le Maroc est sur la bonne voie mais beaucoup d’effort reste à déployer.

L’analyse des indicateurs des accidents de la circulation en 2013 fait ressortir que le Maroc est sur la bonne voie, avec une baisse non négligeable par rapport à 2012, mais beaucoup d’effort reste à déployer par l’ensemble des composantes de la société (acteurs institutionnels, professionnels, société civile) pour endiguer ce fléau et rendre cette baisse structurelle.

Depuis des années, les autorités et l’opinion publiques, via différents supports, s’alarment de la « guerre des routes », qui cause d’énormes pertes en vie humaines et matérielles. L’insécurité routière coûte à l’économie nationale l’équivalent de 2 pc du PIB, soit près de 12 milliards de dirhams, de quoi construire des dizaines de kilomètres de routes.

Les statistiques enregistrées en 2013 concernant les accidents de la route, publiées par le ministère de l’Equipement, du Transport et de la Logistique, à l’occasion de la Journée nationale de sécurité routière, montrent une tendance baissière par rapport à 2012 concernant le nombre d’accidents, de tués et des blessés.

Ces chiffres montrent qu’à fin 2013, ce sont 3.705 personnes qui ont été arrachées brutalement à l’affection de leurs proches et plus de 10.990 autres ont été grièvement blessées dans 68.458 accidents, dont 3.148 sont mortels. En comparaison avec l’année 2012, le nombre de morts a accusé une baisse de 8,63 pc (- 350 tués) et celui des accidents mortels de 8,33 pc. Le nombre des blessés graves a baissé de 6,77 alors que celui des blessés légers a augmenté de 0,94 pc.

Ces résultats sont le fruit de l’action de l’ensemble des acteurs, notamment les corps de contrôle, à savoir la Gendarmerie royale, la Sûreté nationale, les contrôleurs routiers du ministère de l’Equipement, du Transport et de la Logistique, la Direction des transports routiers et de la sécurité routière (DTRSR), la Direction des routes et les Directions régionales et provinciales, la Protection civile, le ministère de la Santé, les professionnels du secteur du transport routier et l’action de la société civile, selon les responsables du secteur, ajoutant que « bien qu’il s’agisse de la deuxième année de baisse continue, le grand défi aujourd’hui pour tous les acteurs est de rendre cette baisse structurelle et non conjoncturelle ».

De son côté, le gouvernement réaffirme la volonté de persévérer dans la mise en œuvre du plan stratégique 2013-2016, basé sur trois piliers essentiels, à savoir la sensibilisation du public et la communication, l’éducation sur la sécurité routière et un volet recherche & Développement.

Dans ce cadre, le Comité national de prévention des accidents, dont la mission consiste à accompagner la politique gouvernementale en la matière, a déjà entamé la mise en œuvre de son plan d’action pour l’exercice 2014, qui repose sur une approche participative impliquant l’ensemble des acteurs institutionnels, les professionnels et la société civile opérant dans le domaine de la sécurité routière.

La nouvelle stratégie du Comité National de Prévention des Accidents de la Circulation (CNAPC) pour l’année en cours capitalise sur les acquis et explore de nouvelles perspectives en matière de communication, de sensibilisation et d’éducation routière.

Le Comité a, dans ce contexte, lancé pour la première fois une série de concours pour le choix du meilleur conducteur professionnel dans les trois catégories: Autocar, camion et taxi, le concours de la meilleure entreprise qui intègre la sécurité routière dans son management interne, le concours de la meilleure invention dans le domaine de la sécurité routière, le concours de la meilleure pièce théâtrale (pour enfants et adultes), le concours du meilleur projet d’école et le concours de la meilleure affiche.

Manque de civisme

La cérémonie de remise des prix et trophées a eu lieu jeudi dernier à Rabat sous le signe « Avec vous, le changement est possible », en présence notamment du ministre de l’Equipement, du Transport et de la Logistique, Aziz Rabbah, qui a souligné à cette occasion que cette initiative « constitue un événement très important car il s’inscrit dans le cadre de la politique du gouvernement visant à promouvoir le bon comportement dans les routes et le bon comportement de conduite ».

C’est un message qui s’adresse à l’ensemble des citoyens, partant de la conviction que « si on a pu gagner en terme d’indicateurs en 2013, on peut le faire davantage durant les années à venir ».

Il a tenu à faire savoir qu’ »il y a des millions de conducteurs (3.000.000) qui respectent le code de la route et il y a une minorité qui entache l’image de notre pays », allusion faite aux conducteurs qui violent les dispositions de ce code et au manque de civisme chez certains usagers de la route.

Pour sa part, le ministre délégué chargé du Transport et de la logistique, Mohamed Najib Boulif, a indiqué que les indicateurs de 2013 montrent que « les politiques adoptées aussi bien par les précédents gouvernements que par l’actuel Exécutif en matière de sécurité routière commencent à donner leurs fruits avec des résultats positifs », soulignant que les accidents de la route ne sont pas « une fatalité », mais c’est la trilogie homme, véhicule et environnement routier qui revient souvent dans les causes d’accident. Selon lui, « le facteur humain demeure à l’origine des accidents à hauteur de plus de 80 pc des cas ».

Le plan d’action du CNAPC au titre de 2014 porte aussi sur de nouveaux produits TV de sensibilisation qui seront diffusés pour la première fois sur les différentes chaînes de télévision Al Oula, 2M et Medi1 TV. Il prévoit aussi des émissions radios aussi bien sur les chaînes publiques que privées, notamment avec une nouvelle émission sur la chaîne Mohammed VI du Saint Coran, des émissions sur la radio MFM, Med Radio, Medi 1, en plus d’autres émissions en cours de diffusion sur différentes stations radiophoniques publiques et privées.

Le plan ambitionne également de toucher 6 millions de citoyens via les comptes du Comité sur les réseaux sociaux (facebook, Twiter, Google Plus, Youtube et une Web TV).

Un séminaire sur le management du risque routier en entreprise avec la signature d’une convention entre le CNAPC, la Fédération du transport-CGEM et l’Union internationale des transports routiers (IRU), des actions de communication et de sensibilisation avec les professionnels du transport, les réseaux des centres de visites techniques, les établissements de la conduite et la société civile figurent également dans ce plan.

Pour ce qui est de l’éducation à la sécurité routière, le secrétaire permanent du CNAPC, Bennaceur Boulaajoul souligne que « l’éducation civique est un grand challenge ouvert par le gouvernement et le comité la place au cœur de sa stratégie d’action avec le lancement très prochainement d’un programme intitulé JILSALAMA ». Ce programme recèle un certain nombre d’outils ludo-pédagogiques destinés aux jeunes dans le milieu scolaire et qui prennent en considération les spécificités et les caractéristiques des enfants selon l’âge et le niveau scolaire.

Plusieurs manifestations à caractère scientifique sur différents thème de la sécurité routière seront organisées, notamment le congrès mondial sur la femme et la sécurité routière (7-8 mars à Marrakech) et de grands projets d’investissements tel que la création d’un Centre pédagogique et pratique de prévention routière seront lancés. Le plan prévoit aussi la sécurisation de l’environnement de 100 établissements scolaires et l’équipement de 5000 camions en dispositifs rétro-réfléchissants pour améliorer la visibilité de nuit.

S’il est communément admis que la problématique de l’insécurité routière est multisectorielle et fait appel à plusieurs acteurs, l’implication de ces derniers est indispensable et demeure le seul gage de réussite dans ce secteur. Par ailleurs, si les autorités compétentes ne veillent pas à l’application rigoureuse de la loi afférente à la sécurité routière, on entendra toujours un « mauvais usager » de la route dire « je conduisais normalement et l’arbre m’a percuté ».

Abdelhafid Benbouchta

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