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Journée de la femme: l’audacieuse Salwa dans le fief des hommes

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bouchere-salwaAu Marché du Derb Baladia (Casablanca), Salwa Bouzoubaa manie avec dextérité les couteaux, le geste précis et serrant la garde pour éviter le glissement de sa main sur la lame.

Comme le serait un chef cuisinier devant ses fourneaux, Salwa, cheveux couverts d’un foulard noir, est à l’aise devant le billot pour la préparation de la viande tout en s’occupant de la caisse, ses deux assistants, plantés juste derrière faisant le reste en assaisonnant la viande hachée et la mélangeant d’ingrédients (sel, poivre, piments rouge, marjolaine, menthe etc..) selon le goût du consommateur.

Cette mère de trois garçons, dont deux poursuivent leurs études supérieures et le troisième en Bac 1, est un visage habituel de la place où, par centaines, les Casablancais, à longueur de journée, s’attablent pour manger de la grillade de viande.

Dès 9 H, elle se pointe pour « son service », normalement jusqu’à 16H, le reste de la journée le consacrant à sa famille, confie-t-elle. Bien connue, l’on ne risque pas de s’attarder trop pour tomber sur sa boucherie. Cette sympathique et affable bouchère, avec un sens d’accueil et le sourire large, n’y va pas par quatre chemins. C’est un métier qu’elle aime du fin fonds de son coeur, de toute son âme. Le couteau ne la quitte pas, lui collant à la peau, toute une histoire de sa vie.

A 11 ans, alors que les filles de son âge jouaient à la poupée-bébé ou aux jeux de l’élastique et de marelle, Salwa, en quittant l’école primaire « Ankara » à quelques encablures de la place, allait « voir » son père et l’aidait au passage. C’est le virus qu’elle s’est inoculée en doses homéopathiques.

Cela fait trente ans que chaque matin, depuis que son père ne pouvant plus gérer le commerce sous le fardeau de l’âge, Salwa débarque en tenue de « combat » pour grignoter un peu plus d’espace, se faire une place, un nom dans cette place fief des hommes.

La place n’a jamais été, pour elle, une arène de bataille pour s’imposer. Bien au contraire. Son intégration professionnelle a été des plus faciles puisque acceptée, dès le départ, par ses confrères bouchers familiarisés à la voir depuis son jeune âge. Cette cadette d’une fratrie de deux sœurs, fonce sans que rien ne l’arrête refusant de se contenter de faire juste partie du décor, dit-elle avec fierté. « Ce n’est pas un domaine réservé seulement à l’homme, pas du tout. La femme est présente par tout », décortique-t-elle, le sourire aux lèvres du souvenir de certains regards éberlués des premiers jours, une éternité déjà.

Son bac décroché, elle laissa tomber les études car « il n’y avait pas de garçon dans la famille » et elle devait absolument prêter assistance à son père. Bien au fait des techniques de découpe et de désossage de la viande, elle ne s’est point aventurée dans l’inconnu.

En bonne fille de son géniteur, « l’héritière », tel père telle fille, s’est investie avec passion, « boucher est un métier honnête », martèle-t-elle itérativement, coupant en balançant d’une poigne ferme de haut en bas le couteau des tranches de viandes par des gestes assurés entrecoupés par des passages de la lame sur le fusil d’aiguisage pour qu’elle ne soit pas émoussée.

Salwa se targue, non seulement, d’avoir préservé ce legs paternel en conservant la clientèle mais, forte de son sens commercial, a fidélisé de nouveaux preneurs, de plus en plus exigeants, en surfant sur la viande hachée de chameau, produit ayant bâti la réputation de ce fonds de commerce du temps de son père.

La viande de chameau est la meilleure des viandes rouges et elle devient succulente, un vrai délice surtout mixée avec de l’ail et quelques plantes aromatiques. « Une fois dégustée, c’est l’addiction », les clients en raffolent, en demandent toujours, affirme Salwa.

Sa réussite, elle la doit, certes, au sérieux, au prix d’efforts et de sacrifices sans s’économiser mais surtout au soutien sans faille de son conjoint, enseignant de son état, qui, même s’il n’est pas allé jusqu’à se farcir des tâches ménagères, a pris à bras le corps une bonne part de l’éducation de leurs enfants en assurant le contrôle et le suivi quotidiens de leur scolarisation.

Vouant une passion sans borne à son métier qu’elle ne changera pour rien au monde, elle irait jusqu’à ne pas s’opposer à l’un de ses enfants désireux de prendre la relève, la succession mais à condition, toutefois, d’achever les études supérieures.

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