Voyages

Les Jardins centenaires de Marrakech, des havres de verdure féeriques et luxuriants aux portes du désert

menara-jardin

menara-jardinLes jardins centenaires de Marrakech, aménagés et réaménagés le long des siècles et de la succession des dynasties qui avaient régné sur le Maroc, constituent un musée à ciel ouvert qui témoigne de la passion raffinée de la culture arabo-islamique pour les jardins. Cette féerie luxuriante aux portes du désert est sans conteste un symbole très distinctif de la ville Ocre.
La particularité de ces jardins est dans le fait que leur aménagement répondait aussi bien aux besoins vitaux d’assurer l’approvisionnement de la Cité en eau et en nourriture fraiche grâce à de judicieux systèmes d’adduction d’eau douce depuis les montagnes de l’Atlas, qu’à une volonté d’un aménagement paysagé sur des centaines d’hectares avec une superbe architecture où des monuments imposants baignent dans une flore savamment agencée.

Les Jardins de l’Agdal

Les jardins de l’Agdal sont les plus grands de Marrakech et datent de huit siècles. Ils furent conçus par le Sultan Abdelmoumen (r. 1130-63). Ce dernier avait arraché la cité à ses fondateurs, les Almoravides, en 1147, et était le premier représentant d’une dynastie entreprenante, les Almohades, qui ont fait de Marrakech leur capitale, et ont laissé en héritage un remarquable patrimoine architectural.
Pour le nouveau Sultan, il était important de faire la démonstration, à travers cette œuvre, de son pouvoir tout en assurant un approvisionnement abondant de la cité en eau et en nourriture fraîche. Son impressionnant projet d’aménagement paysagé, couvrant quelque 500 hectares au sud de la cité, combinait ces deux impératifs d’une manière inédite.
L’eau, les fruits, les fleurs parfumées et le confort y revêtent une importance capitale. Contrairement au jardin typique de la culture islamique, tourné vers l’intérieur, les jardins de l’Agdal sont ouverts sur l’extérieur, s’appropriant des caractéristiques naturelles pour créer des jeux de perspectives et de dimensions, des siècles avant que les jardins européens n’en fassent de même.
Le site est entouré de neuf kilomètres de murs en pisé, ponctués de borjs (tours fortifiées) contigus à la ville elle-même. A l’intérieur de cette enceinte, le terrain est divisé en vastes parcelles par de larges allées bordées d’une rangée d’oliviers. Ces parcelles sont elles-mêmes divisées en parcelles plus petites, à la manière d’un damier, chaque case étant plantée d’une seule espèce d’arbres fruitiers, tels que des orangers, des citronniers et autres agrumes, des noyers, des oliviers, des amandiers, des figuiers et des grenadiers.
Cette esthétique est née des conditions arides de la région, des pratiques agricoles visant à arracher au désert l’oasis fraîche, bien arrosée et féconde rêvée par les nomades.
La dynastie précédente acheminait l’eau depuis le pied des montagnes de l’Atlas, distantes d’une trentaine de kilomètres, à l’aide de Khettara, un réseau de canaux souterrains. Le brillant architecte et hydraulicien Al-Haj Yaish serait l’ingénieux concepteur des jardins de l’Agdal, et notamment des deux immenses réservoirs surélevés qui dominent la partie centrale du site. A l’est, le Sahrij el-Gharsyya est connu pour son îlot central qui crée une illusion d’optique, les arbres semblant sortir directement de l’eau. Le plus grand des deux réservoirs, qui mesure 205m x 180m, est situé à l’est et porte le nom de Sahrij el-Hana.
La différence de niveau entre la surface de l’eau et les jardins en contrebas est assez importante, et on observe partout des traces du système d’irrigation complexe utilisant la gravité qui quadrille le site. Les bassins alimentaient également de nombreuses fontaines ornementales et des bassins plus petits, qui étaient souvent placés à proximité de petits pavillons.
La conception des jardins de l’Agdal est un véritable exploit qui a été reproduit dans tout le pays et jusqu’à Séville. Ces jardins étaient admirés pour leur formidable productivité, leur beauté et leurs grandes étendues d’eau, d’autant qu’ils se situent dans un environnement aride où plane la menace de la sécheresse.
Le jardin est ainsi un lieu de plénitude où tout est conçu pour être à la fois utile et agréable. La nature est présentée dans ce qu’elle a de plus chaleureux, comme une oasis de réconfort accueillant le voyageur du désert fourbu. Aujourd’hui, ce jardin, l’un des plus anciens du monde arabo-islamique, est classé depuis en 1985 au patrimoine mondial de l’UNESCO.

La Ménara, sublime emblème de la Cité Ocre

La Ménara est la petite sœur de l’Agdal. Elle est conçue par le même Sultan, selon une conception similaire mais sur une étendue moindre (98 hectares). La Ménara est située au sud-ouest de la cité et exploite le panorama naturel du massif de l’Atlas, au sud, et des collines arides des Djebilet, au nord.
Tout comme dans les jardins de l’Agdal, l’eau est un élément crucial de la conception de la Ménara : à la fois utile et agréable. La pièce maîtresse du jardin est un réservoir de 195m x 160m, construit au-dessus du niveau du sol afin d’alimenter le système d’irrigation uniquement par l’action de la gravité. Quelques marches conduisent au bord de l’eau. Le réservoir est entouré d’une généreuse terrasse qui sert actuellement d’espace de promenade fort apprécié des Marrakchis et des visiteurs de la ville.

Driss Hidass

Comments
To Top