L’armée israélienne a lancé jeudi soir une opération terrestre dans la bande de Gaza, au 10e jour de raids aériens qui ont fait 241 morts, dont une majorité de civils, le Hamas avertissant que l’Etat hébreu allait «payer un prix élevé» pour cette nouvelle escalade. Deux Palestiniens, dont un bébé de 5 mois, ont été tués dans la nuit de jeudi à vendredi par des tirs de chars israéliens à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, ont indiqué les services d’urgence locaux.

Avant l’annonce de l’opération terrestre par l’armée, Washington a demandé à Israël de «redoubler d’efforts pour éviter de faire des victimes civiles», alors que des bombardements aériens ont encore coûté la vie jeudi à plusieurs enfants après une brève trêve humanitaire. «Le Premier ministre et le ministre de la Défense ont ordonné jeudi soir à l’armée de commencer une opération terrestre», a annoncé le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un communiqué. «La décision a été approuvée par le cabinet de sécurité, après le refus du Hamas d’accepter le plan égyptien pour un cessez-le-feu et la poursuite des tirs de roquettes sur Israël», ajoute le bureau du Premier ministre.

Dans le même temps, l’Egypte a vivement critiqué le Hamas, estimant que le mouvement islamiste aurait pu sauver des dizaines de vies s’il avait accepté ce cessez-le-feu proposé cette semaine par Le Caire, et qui avait été accepté par Israël.

Le gouvernement israélien a ordonné à l’armée de lancer cette opération terrestre dans le but de «porter significativement atteinte aux infrastructures terroristes du Hamas», a indiqué un communiqué militaire. Dans le même temps, l’armée bombardait très intensivement la bande de Gaza par air, mer et par des tirs de chars massés à la frontière, selon un correspondant de l’AFP sur place. Blindés, pièces d’artillerie et unités d’infanterie avaient été déployés massivement à la frontière cette semaine, avec quelque 40 000 mobilisés en vue d’une éventuelle opération au sol. Aussitôt après la fin à 15H00 locales (12H00 GMT) de la trêve de cinq heures négociée par l’ONU, une roquette tirée de Gaza s’est abattue sur un terrain vague de la ville israélienne d’Ashkelon (sud) et l’armée a mené des raids aériens sur l’enclave palestinienne. Trois enfants d’une même famille ont été tués lors d’un raid israélien sur le centre-ville de Gaza, selon les services d’urgence locaux. Un quatrième est mort dans une attaque séparée.

ENFANTS TUÉS DANS LES RAIDS

Israël, qui dit cibler le mouvement islamiste Hamas, accuse ses combattants d’utiliser des «boucliers humains» dans cette enclave où s’entassent dans la misère 1,8 million de personnes soumises au blocus israélien. L’Agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) a annoncé la découverte pour la «première»fois de roquettes cachées dans une de ses écoles de Gaza, dénonçant un incident qui«met en danger des civils».

Plus tôt dans la journée, un haut responsable israélien a, sous couvert de l’anonymat, annoncé à des médias dont l’AFP qu’un accord de cessez-le-feu entrerait en vigueur vendredi matin. Mais le Hamas, au pouvoir à Gaza, a aussitôt démenti tout en faisant état «d’efforts en cours» pour une entente globale au moment où des négociations ont lieu au Caire par l’intermédiaire du médiateur égyptien.

Le Hamas avait rejeté mardi l’initiative de l’Egypte acceptée par Israël, exigeant une levée du blocus de Gaza en vigueur depuis 2006, l’ouverture de la frontière avec l’Egypte et libération de dizaines de détenus. Un cabinet de sécurité, qui réunit les principaux ministres israéliens, doit se réunir vendredi à 11H00 (08H00 GMT), selon des médias, afin de passer en revue la situation dans l’enclave palestinienne. La pause dans les hostilités a permis aux habitants de Gaza de sortir, après des jours à se terrer dans les maisons pour échapper aux frappes. Les rues se sont remplies de monde, provoquant même des embouteillages. «La trêve est une chance pour les gens de sortir de chez eux, de retirer de l’argent, de se ravitailler», a souligné Abdel Qassam Ataneh.

ENORMES DESTRUCTIONS

Les quartiers de Gaza portent les stigmates des bombardements: bâtiments éventrés, infrastructure détruite, meubles et électroménager brisés dépassant des décombres… Des débris qui témoignent de la violence des frappes. Juste avant le début de la trêve, Israël a dit avoir déjoué une attaque d’un commando via un tunnel depuis Gaza et essuyé des roquettes palestiniennes, alors que quatre Palestiniens étaient tués dans une quarantaine de frappes à Gaza. La branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, a assuré que le commando avait réussi sa «mission» sans la définir.

Depuis le début le 8 juillet de l’offensive aérienne «Bordure protectrice» sur Gaza destinée à faire cesser les tirs de roquettes, 241 Palestiniens ont été tués et plus de 1 700 blessés. Israël a été atteint de son côté par plus d’un millier de roquettes qui ont fait un mort israélien. L’armée a aussi affirmé avoir abattu un drone au-dessus d’Ashkelon que la branche armée du Hamas a dit avoir envoyé, sans plus d’explications. Le président américain Barack Obama a dit son «immense chagrin» pour la mort de civils à Gaza tout en jugeant qu’Israël avait «le droit de se défendre»face aux roquettes. A l’inverse, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a qualifié les bombardements sur Gaza de «tentative de génocide systématique»contre les Palestiniens.

Côté diplomatie, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius était attendu au Caire et en Israël vendredi pour évoquer la question de Gaza. La nouvelle spirale de violence a été enclenchée après le rapt et le meurtre de trois étudiants israéliens en juin, attribués par Israël au Hamas qui a nié, suivis de l’assassinat d’un jeune Palestinien brûlé vif à Jérusalem, pour lequel trois juifs ont été inculpés.

avec afp