L’armée israélienne a affirmé riposter à des tirs du Hamas dimanche à la mi-journée à Chajaya, une banlieue de Gaza ensanglantée par des bombardements et où une trêve humanitaire était censée tenir jusqu’à 12h30 GMT (14h30 en France).

«Une fois de plus, le Hamas rompt un cessez-le-feu. Celui-ci était négocié par le CICR (Comité international de la Croix Rouge, ndlr) pour une pause humanitaire. Tsahal (l’armée) réplique en conséquence», a annoncé le porte-parole de l’armée israélienne, Peter Nerner, sur Twitter.

Israël avait annoncé observer de 10h30 à 12h30 GMT (12h30 à 14h30, heure française) une trêve humanitaire à Chajaya. Alors que les ambulances peinent à atteindre Charaya en raison de l’intensité du pilonnage, le mouvement islamiste palestinien Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, s’était peu avant dit favorable à une trêve humanitaire de trois heures, précisant qu’elle avait été suggérée par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Des milliers d’habitants fuyaient ce dimanche l’est de la ville de Gaza, où de nombreux morts et blessés jonchaient les rues, après cette nouvelle intensification de l’offensive israélienne sur l’enclave palestinienne contrôlée par le mouvement islamiste Hamas.

Les bombardements ont redoublé d’intensité, malgré les efforts diplomatiques en vue d’une trêve. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, est attendu dimanche dans la région, tandis qu’une rencontre est prévue au Qatar entre le président palestinien Mahmoud Abbas, en retrait depuis le début de la crise, et le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal.

L’assaut était particulièrement violent à Chajaya (quartier de l’est de la ville de Gaza), que des milliers de résidents fuyaient. Au moins quarante Palestiniens ont été tués et 380 blessés ce dimanche par les bombardements israéliens de Chajaya, selon les secours palestiniens. Les corps ont tous été retrouvés dans les décombres de cette banlieue, a indiqué le porte-parole des services d’urgence, Achraf al-Qoudra, dont le précédent bilan faisait état de 20 morts.

Ce conflit, le plus sanglant depuis 2009 dans l’enclave palestinienne, est le quatrième entre le Hamas et Israël en moins d’une décennie. Il a fait près de 390 morts côté palestinien en 13 jours, selon les secours.

«DERRIÈRE LES LIGNES ENNEMIES»

«La phase terrestre de l’opération Bordure protectrice s’étend avec des forces supplémentaires pour combattre le terrorisme dans la bande de Gaza et établir une réalité qui garantit aux Israéliens de vivre en sécurité», avait prévenu l’armée israélienne dans la nuit.

Elle a reconnu la mort de cinq soldats, notamment en repoussant samedi un commando palestinien qui s’était infiltré en Israël via un tunnel. La destruction de ces souterrains est la priorité des militaires, car ils peuvent servir à mener des attaques sur les civils. La branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, a revendiqué des opérations «derrière les lignes ennemies», en territoire israélien, affirmant avoir tué 11 soldats.

Deux civils israéliens ont également été tués depuis le 8 juillet, dont l’un, un bédouin, par le tir d’une roquette samedi qui a atteint le sud israélien.

Selon le porte-parole de l’armée israélienne, 70 «terroristes» ont été tués depuis jeudi et 13 Palestiniens ont été arrêtés. Par ailleurs, près de 60 roquettes ont frappé Israël samedi, soit 1 333 impacts depuis le début de l’offensive israélienne destinée à faire cesser ces tirs depuis Gaza, sous blocus depuis des années. Les troupes israéliennes ont aussi dit avoir mis au jour 13 tunnels et 34 points d’accès. «Il y a une menace de voir à tout moment (les combattants palestiniens) sortir d’un tunnel près d’une localité israélienne et de commettre un massacre», a souligné à l’AFP le porte-parole militaire Arye Shalicar.

Israël a mobilisé 53 200 hommes sur les 65 000 réservistes autorisés par le gouvernement. L’armée avait demandé samedi aux habitants des quartiers d’Al-Boureij et Al-Maghazi (centre), Tourkman (nord), Al-Jadida et Chajaya d’évacuer leurs domiciles, dans cette petite bande de terre de 362 km2 où s’entassent dans la misère 1,8 million d’âmes.

BOUCLIERS HUMAINS

La communauté internationale n’a cessé d’appeler Israël à préserver la vie des habitants, alors que selon l’ONU plus des trois-quarts des victimes sont civiles. Mais pour l’Etat hébreu, le Hamas est responsable de ce bilan très lourd, l’accusant de se servir des habitants de l’enclave comme de boucliers humains.

L’ONU à Gaza a pour sa part indiqué accueillir désormais près de 62 000 personnes déplacées, un nombre «supérieur a celui du conflit de 2008-2009» qui avait fait 1 400 morts palestiniens.

Dans l’espoir d’obtenir un cessez-le-feu, le président Abbas devait rencontrer dimanche à Doha le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, selon un proche de M. Abbas. Le Hamas, qui a refusé mardi une proposition de trêve proposée par Le Caire et acceptée par Israël, a remis ses revendications pour un cessez-le-feu à l’Égypte, au Qatar, à la Turquie, à la Ligue arabe et au président Abbas. Parmi ces conditions, figurent «la fin de l’agression contre le peuple palestinien», la levée complète du blocus de Gaza, l’ouverture du poste-frontalier de Rafah avec l’Egypte et la libération de prisonniers.

Sur le plan diplomatique, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon était attendu dimanche dans la région. Lors d’une brève visite en Israël, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a dénoncé un «bilan humain extrêmement lourd» et insisté sur l’«absolue priorité» de parvenir à une trêve. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a souligné ne pas pouvoir garantir le succès de l’opération militaire, la quatrième depuis qu’Israël s’est retiré unilatéralement de Gaza en 2005.

La nouvelle spirale de violence a été déclenchée après le rapt et le meurtre de trois étudiants israéliens en juin, attribués par Israël au Hamas, suivis de l’assassinat d’un jeune Palestinien brûlé vif à Jérusalem.

avec afp