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La designer londonienne Sabrina Kraus travaille avec des artisans marocains

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sabLa designer londonienne Sabrina Kraus Lopez a récemment cohabité et travaillé avec quatre artisans marocains membres de la communauté « Anou », dans le cadre d’un projet de collaboration sur de nouveaux modèles et approches basés sur des techniques traditionnelles berbères de tissage.

Il s’agit de Rabha Akkaoui, Mustapha Chaouai, Kenza Oulaghda et Brahim El Mansouri, avec lesquels Sabrina a exploré, depuis le 05 août, de nouvelles méthodes différentes d’utiliser leur art pour raconter l’histoire de leur patrimoine culturel, des communautés, ainsi que leurs histoires personnelles, indique un communiqué de British Council. Cette collaboration sera couronnée par l’organisation de l’exposition « Common Thread », lors de l’événement « Design Junction » qui aura lieu, du 16 au 21 septembre prochain au Royaume-Uni. Les quatre artisans Anou seront invités à Londres pour assister au London Design Festival, rencontrer les plus grands designers du Royaume-Uni et partager leurs expériences.

Ce projet, qui a débuté le 05 août et se poursuit jusqu’au au 6 septembre prochain, s’inscrit dans le cadre d’un premier programme de résidence de design organisé par le British Council qui a invité Sabrina, designer basé à Londres, spécialisée dans la recherche et le développement pour l’industrie de textile, à cohabiter et à travailler avec ces artisans marocains.

« Après un atelier d’une semaine à Ait Bougamez, Sabrina et les quatre artisans du réseau Anou ont exploré des nouvelles méthodes différentes d’utiliser leur art pour raconter l’histoire de leur patrimoine culturel, des communautés, ainsi que leurs histoires personnelles », précise cette même source.

Le British Council vise à travers la tenue de ce programme à « créer des opportunités de rencontre des pairs du Royaume-Uni et du Maroc en vue d’échanger les compétences, les connaissances et les idées et d’explorer la relation entre l’artisanat et le design contemporain dans ces deux pays ».

« Cet événement constitue une occasion importante pour les artisans de différents horizons de découvrir les industries de l’autre et se rapprocher d’une manière qui n’aurait pas été possible autrement », poursuit le communiqué.

Les organisateurs souhaitent que « ce programme continuera et permettra d’établir un dialogue à long terme et de promouvoir l’échange d’idées en continu et la collaboration fructueuse entre le Royaume-Uni et le Maroc », précise-t-on.

Parmi les bénéficiaires de ce projet, Rabha Akkaoui, issue d’une famille de notables dans son village, mais qui a été si fortement critiquée par sa communauté pour son divorce qu’elle a décidé de se cacher chez sa mère et passer son temps à tisser, affinant ses techniques de tissage, pour devenir l’une des meilleurs tisserands de son village.

Sa forte réputation lui a permis, enfin, de sortir de chez sa mère et réintégrer sa communauté. Plusieurs années plus tard, en 2009, elle a fondé la coopérative « Chorouk » qui réfère en arabe à la lumière venant après l’obscurité, afin de donner à toutes les femmes de son village l’espoir pour un avenir meilleur, quelles que soient les difficultés qu’elles peuvent rencontrer.

Bien qu’elle n’ait pas terminé ses études primaires, Rabha est devenue la force motrice derrière le succès de sa coopérative et de Anou.

Mustapha Chaouai est, pour sa part, orfèvre dans la petite ville de Oued Ifrane, où il répare tous les produits en métal que les habitants peuvent lui apporter: des portes jusqu’aux essieux. Cela peut sembler étrange qu’un orfèvre fonde une coopérative féminine de tissage, mais c’est exactement ce que Mustapha a fait en fondant l’Association « Nahda ».

Mustapha, quand il était plus jeune, était toujours près de sa mère et grand-mère alors qu’elles tissaient. Rien que par l’observation, il a acquis des compétences dans un métier réservé aux femmes. Par la suite, il a su qu’il pourrait contribuer à créer des débouchés pour sa femme et toutes les femmes de Oued Ifrane. Aujourd’hui, il est dans sa tenue de forgeron à l’Association « Nahda » en train d’apprendre aux femmes à tisser les nouveaux designs de l’association.

De son côté, Kenza Oulaghda est tisserand, organisatrice communautaire, et ardent défenseur de l’artisanat de son village. Ainsi, il n’est pas surprenant qu’en 2008, Kenza a fondé l’Association « Tithrite », une association communautaire axée sur la préservation des traditions de tissage et la promotion du développement de son village.

Avant 2008, Kenza était frustrée à l’idée de voir que de plus en plus de femmes abandonnaient le tissage – un travail significatif – à cause des intermédiaires qui mettaient les prix qu’ils voulaient sur leurs tapis. En tant que tel, elle a réuni un groupe de femmes dans son village pour travailler ensemble et fixer les prix qu’elles voulaient pour leurs tapis. Aujourd’hui l’association est devenue un groupe de tissage dynamique à fort impact sur le village. A chaque tapis vendu, près de 50 pc du prix est mis de côté pour le fonds du village. Cet argent est consacré aux cours d’alphabétisation aux tisserands ainsi qu’à de nombreux projets de santé qu’elles mettent en œuvre dans le village.

Brahim El Mansouri, quant à lui, vit et travaille dans le village de Agouti, qui se trouve dans la vallée d’Ait Bougmez dans les montagnes du Haut Atlas. Il est agriculteur, pour sa part, depuis son enfance et tend plusieurs vergers de pommiers dans les champs entourant son village.

En 1998, il a rejoint un groupe de sculpteurs sur bois, dont les ancêtres ont construit les fameuses portes traditionnelles en bois et les verrous qui ont fait la renommée d’Ait Bougmez au Maroc. En 2006, Brahim et les sculpteurs ont fondé « Ighrem », une association à but non lucratif œuvrant au niveau de Agouti afin d’encourager le tourisme et favoriser le développement du village.

Enfin pour ce qui est de Sabrina Kraus Lopez , après avoir eu son diplôme de design à Milan, elle a récemment obtenu une maîtrise en Futures des matériaux du Central School of Art and design à Saint Martins. Fascinée par l’artisanat, Sabrina a travaillé à distance avec une communauté péruvienne de tissage pour son projet de fin d’étude avant de rejoindre la résidence de Common Thread pour le British Council.

Anou est une communauté de 400 artisans qui travaillent ensemble pour assurer un accès équitable au marché libre. Dans ce programme, les artisans sont libres de fixer leurs propres prix et discuter directement avec leurs clients.

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