Societe

Reportage: Les Chennaka de Ain Aouda, ces maquignons habiles qui gâchent la fête

mouton-aid
mouton-aidA Ain Aouda, l’étendue du marché de vente des moutons laisse à première vue présager de bonnes affaires au regard d’une offre plus qu’étoffée en prévision de l’Aid Al Adha.

Or sur le terrain, c’est parfois une réalité peu réjouissante qui s’impose, faute de régulation, au grand bonheur des Chennaka et autres intermédiaires peu scrupuleux.

En l’absence d’un dispositif de contrôle bien établi, le prix des ovins pratiqué dans les différents points de vente est jugé tout simplement « inabordable » pour les petites bourses. Sans oublier les problématiques liées au manque d’hygiène et à l’anarchie qui règne dans un espace aussi sollicité le temps de quelques jours.

Le manque d’organisation du monde pastoral favorise les pratiques spéculatives, tant les ménages tombent dans les griffes des maquignons de tout poil. Tel est le constat dressé par un représentant de la Chambre d’agriculture à Ain Aouda, Abdelkader Maamri qui insiste sur le besoin pressant de lutter contre le phénomène des intermédiaires qu’il qualifie de clé de voûte pour la régulation du marché.

Les Chennakas continuent à imposer leur diktat

En l’état actuel des choses, les Chennakas continuent à imposer leur diktat dans la pratique des prix avec des répercussions en chaîne : hausse des tarifs de location des espaces de vente ainsi que des aliments pour bétail en dépit des subventions étatiques accordées aux agriculteurs.

De l’avis du directeur de l’agriculture de Rabat-Salé-Zemmour-Zair, Mohamed Ouali, l’offre en ovins et caprins destinés à l’abattage couvre largement la demande, eu égard à l’abondance des pâturages et au bon état de santé du cheptel grâce à l’encadrement médical et les campagnes de vaccination.

Seule la loi de l’offre et de la demande semble influencer les prix, en fonction assurément de la qualité, la race et l’âge des ovins, a-t-il expliqué, relevant que la présence en force des Chennaka, en quête d’opportunités de gain, entame l’équilibre du marché et met à rude épreuve les ménages aux ressources limitées.

L’offre estimée à 520.000 têtes à Ain Aouda

Ain Aouda fait partie de la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zair où l’offre est estimée à 520.000 têtes et la demande ne dépasse guère les 500.000 têtes. Les marchés locaux de vente d’ovins sont plutôt convenablement lotis, avec un grand afflux des éleveurs d’ovins et de caprins issus du Moyen-Atlas, Doukkala, Beni Khirane, Al-Haouz et l’Oriental.

En général, les moutons du sacrifice sont généralement négociés à un tarif allant de 39 à 50 DH/KG selon la race, précise Mohamed Ouali qui reconnaît l’impact négatif des spéculateurs sur les préparatifs du rituel de l’Aid Al Adha.

Côté médecine vétérinaire, les services de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires multiplient les visites de terrain régulières dans les points de vente afin de veiller sur l’état de santé des animaux. Leur mission consiste aussi à assurer un contrôle continu du bétail au niveau des frontières, dans le souci de prévenir l’apparition de la fièvre aphteuse parmi le cheptel.

Et si la situation sanitaire du troupeau d’ovins et de caprins s’est nettement améliorée, les éleveurs se heurtent encore à moult handicaps en termes de mainmise des intermédiaires, de manque de régulation et d’organisation.

Quoi qu’il en soit, l’avènement de l’Aid Al Adha constitue un bol d’oxygène pour la trésorerie des agriculteurs, surtout ceux dont l’élevage de petits ruminants représente la principale source de revenus. Pour cette année, le chiffre d’affaires est estimé à 8,5 milliards de DH dont une bonne partie profite au monde rural.

MAP / Fatna Kherraz

Comments
To Top