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Maroc : défigurée à la lame de rasoir pour avoir voulu divorcer de son violeur

MARRAK-AGRESS

MARRAK-AGRESSElle s’appelle Khaoula. Après avoir été violée, la jeune fille de 16 ans avait dû épouser son bourreau l’an dernier. Question d’honneur. Lorsque Khaoula demande le divorce la semaine dernière, son violeur – et mari – ne l’entend pas de cette oreille. « Je te jure que personne ne t’épousera après moi », lui aurait-il dit, en la lacérant à soixante-dix reprises avec sa lame de rasoir selon le site de l’hebdomadaire marocain Tel Quel. Au total, « une cinquantaine de coups au visage et une vingtaine sur les mains et les bras », a rapporté sur la chaîne nationale Al-Oula un médecin de l’hôpital Ibn Tofail de Marrakech, où la mineure est actuellement soignée. Défigurée, Khaoula a dû subir plus de quarante points de suture. 

La jeune femme risque ainsi de porter à jamais sur son visage le signe de  violences d’un autre temps. Au Maroc, pourtant, les jeunes filles violées ne sont plus systématiquement mariées de force à leurs agresseurs depuis un terrible fait divers. En mars 2012, Amina el-Filali, une jeune fille de 16 ans contrainte par ses parents d’épouser son violeur, avale de la mort-aux-rats pour échapper à son sort. Ce choix du suicide pour garder la main sur son destin met le Royaume en émoi.

À la suite de cette affaire, le Parlement marocain a amendé en janvier l’article 475 du code pénal qui permettait jusque-là à un violeur d’échapper aux poursuites en épousant sa victime mineure. « Amina el-Filali peut reposer en paix », avait alors déclaré Khadija Rouissi, la députée du Parti authenticité et modernité (PAM). Les parlementaires ont en revanche échoué jusque-là à voter une loi visant à restreindre voire interdire le mariage des mineures. De son côté, le Parti justice et développement (PJD, islamiste), au pouvoir, se déclare favorable à une interdiction pour les seules mineures de moins de 16 ans. Malgré les protestations des militants des droits des femmes et en dépit de « l’égalité des droits » consacrée en 2011 par la nouvelle Constitution, le mariage précoce est toujours possible grâce à des dérogations spécifiques. Il concerne aujourd’hui 35.000 jeunes filles, soit 15.000 de plus qu’il y a dix ans.

Si le mariage ne rend plus impuni le viol, la mère de Khaoula, seul chef de cette modeste famille, s’en est tout de même remise à cette solution. « Pour réparer et protéger son enfant », aurait-elle expliqué à Tel Quel. Parce que dans les mentalités, une enfant souillée qui épouse son agresseur devient une femme respectable qui a perdu sa virginité avec son époux. Une question d’honneur, encore, qui se lira désormais à vie sur la figure de Khaoula.

avec AFP

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