Cinéma

Le FIFM clôt sa saison des hommages, en attendant le palmarès

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hommageLa série d’hommages rendus à des personnalités emblématiques du monde du cinéma, à la 13e édition du Festival international du film de Marrakech (FIFM, 5-13 décembre), a pris fin jeudi soir, avec la séance solennelle dédiée à Khadija Alami et Zakaria Alaoui, deux producteurs marocains.

Ces « tributes » – l’expression consacrée en anglais – débutaient lors de la cérémonie officielle d’ouverture, avec l’hommage au comédien égyptien Adel Imam, « un comédien aussi grand qu’une pyramide ».

Imam est l’un des symboles de l’influence du cinéma égyptien dans le monde arabe, avec les films « Birds of Darkness », « The Yacoubian Building » et « Alzheimer’s ». Il est « l’imam du cinéma arabe », a dit de lui l’actrice et ancienne ministre marocaine de la Culture, Touria Jebrane. « C’est quelqu’un qui a fois en la liberté, l’optimisme, la lutte et l’espoir », a-t-elle ajouté dans son discours de présentation.

Hommage a été ensuite rendu à Jeremy Irons, qui incarne la grande tradition des comédiens britanniques, dont le talent se joue des frontières, à l’image de son compatriote Anthony Hopkins, naturalisé américain.

Les personnages incarnés par Irons sont la plupart du temps ambigus. L’acteur captive le spectateur par ses interprétations sombres et troublantes, la marque de son art. La liste des films dans lesquels il a joué – « The French Lieutenant’s Woman », « Dead Ringers » et « Reverseal of Fortune » – sont autant de marques de son grand talent. Cerise sur le gâteau, Irons est un acteur engagé, notamment pour la cause de l’environnement.

L’enseignement principal à tirer du cinéma, a-t-il déclaré en recevant son hommage, c’est que les films renseignent sur le fait que l’homme est capable du meilleur. Selon Irons, le septième art doit donc s’efforcer de « rendre le monde » dans une époque troublée, en cultivant la tolérance et la compréhension mutuelle.

Après Irons, c’était au tour du comédien et réalisateur américain Viggo Mortensen d’être célébré. De mère américaine aux racines anglaises et écossaises, et de père danois, Mortensen est né à New York, mais il a grandi entre Buenos Aires et la campagne du nord de l’Argentine, de trois à 11 ans. Après le divorce de ses parents, il est parti vivre avec sa mère aux Etats-Unis d’Amérique, près de la frontière québécoise, où il a appris le français qu’il maîtrise.

Ce baroudeur est décrit comme un comédien humble et attachant, loin d’un certain vedettariat, un background qui l’a amené à déclarer, en arabe, sur la scène du Palais des Congrès de Marrakech : « Quand je suis là, je me sens chez moi. »

Parmi les nombreux films dans lesquels Vigo Mortensen a joué, on peut citer « The story of violence », « Appaloosa » et « Jauja ». Loin des hommes, son dernier film sorti cette année traite de la rébellion algérienne contre la colonisation.

Le cinéma japonais était à l’honneur au FIFM 2014, qui a rendu un hommage appuyé aux « Maîtres et disciples du pays du Soleil levant ». Il est aujourd’hui établi que le cinéma japonais fait partie des plus grands et des plus riches cinématographies du monde, le pays s’étant très tôt doté d’une industrie cinématographique, avec la première major Nikkatsu, fondée en 1912.

Il compte des auteurs de renommée mondiale – dont Kenzi Mizoguchi, Akira Kurosawa et Yasujiro Ozu -, à l’origine du développement d’un genre propre à la culture japonaise, entre 1920 et 1960. Le cinéma japonais se trouve aujourd’hui davantage tourné vers l’animation.

Il a en réalité développé deux visages, l’un tourné vers son passé et le monde des samouraïs, figure de l’héroïsme japonais et de valeurs, l’autre attaché à la description du monde contemporain et à l’évolution des mœurs au sein de la société japonaise et de la famille.

Une caractéristique supplémentaire du cinéma japonais, l’art de concilier les extrêmes : une nature domestique d’une part, temple de la sérénité du bouddhisme zen, une nature sauvage et sacrée d’autre part. De fait, les maîtres japonais ont eu une influence considérable sur bien de cinéastes actuels, a relevé la présidente du Jury, Isabelle Huppert.

« De même que Mozart n’est pas un musicien mais la musique, le Japon n’est pas un pays de cinéma mais le cinéma », a-t-elle ajouté lors de la cérémonie d’hommage au septième art du pays du Soleil levant, en présence d’une délégation d’acteurs et de professionnels japonais, forte d’une vingtaine de personnes.

La dernière séance d’hommage concerne des professionnels locaux, Khadija Alami et Zakaria Alaoui, deux producteurs marocains parmi les plus en vue. Ils ont tous les deux salué l’appui apporté au développement du cinéma marocain par la famille royale, à travers notamment le Festival international du film de Marrakech (FIFM). La Fondation du Festival international du film de Marrakech a comme président le prince Moulay Rachid.

Mme Alami a déclaré que l’hommage qui lui est rendu est l’aboutissement de son histoire d’amour avec le cinéma, depuis « Cinéma Paradiso » et l’obscur salle que son père tenait dans les environs de la ville de Fès. Il a d’ailleurs rendu hommage à son père qui a, selon elle, « toujours voulu » que la femme soit indépendante et libre.

Khadija Alami a créé la société K Films en 1998 pour fournir des prestations de service et d’équipes techniques aux grandes productions cinématographiques internationales qui se tournent au Maroc. Elle collabore ainsi à plus de 40 productions internationales et son apport se chiffre actuellement à des millions de dollars.

Zakaria Alaoui a répété que le cinéma était devenu « une véritable vitrine » pour le Maroc, soulignant l’importance des retombées économiques des tournages de films, en termes d’emplois et de développement pour les régions du pays.

Selon lui, cela a induit des compétences nouvelles et nombreuses, au point que le Maroc s’est mis maintenant à exporter des opérateurs de films, qu’il était obligé de faire venir de l’étranger, il y a quelques années.

Alaoui est un ancien du Centre cinématographique marocain (CCM) qu’il a rejoint après ses études, avant de le quitter en 1986, avec l’ambition de se construire une place de choix dans la production cinématographique, travaillant durant de nombreuses années dans la production exécutive de films étrangers tournés au Maroc.

Il a débuté sa carrière par le film « Ishtar » d’Elaine May, avec Warren Beatty, Dustin Hoffman et Isabelle Adjani. Il prend part ensuite à plus de 80 productions étrangères au Maroc, en tant qu’assistant à la production, puis directeur de production. Il crée sa société Zak Productions en 1995 et s’investit aussi dans la production nationale, par le biais de la coproduction notamment.

Boubacar Kanté

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