Politique

L’affaire de détournement de l’aide destinée à Tindouf présentée à Genève

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smara_tindoufL’affaire de détournement massif de l’aide humanitaire destinée aux camps de Tindouf, dans le sud-ouest algérien, a été présentée jeudi à Genève en marge de la 28e session du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU.

D’intenses échanges ont eu lieu à cette occasion sur le rapport d’enquête de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), en présence de Stéphane Rodrigues, un avocat du Barreau de Bruxelles, de plusieurs diplomates et représentants d’ONG de divers horizons.

« Ce rapport est venu confirmer les rumeurs sur le détournement systématique de l’assistance internationale aux populations des camps », a déclaré Me Rodrigues, dont le cabinet a été mandaté de cette affaire par l’ONG Agence internationale pour le développement (AIDE).

Il a fait observer que le document ne se contente pas de constater la fraude, « mais présente aussi des recommandations pour un meilleur recensement des bénéficiaires et un meilleur contrôle afin de vérifier s’ils reçoivent bien l’assistance qui leur est accordée ».

A ce jour, plus de 200 millions d’euros ont été versés par les pays de l’UE depuis 1993 pour apporter une aide alimentaire aux habitants des campements, selon les données de l’Office européen d’aide humanitaire (ECHO). Me Redrigues a souligné le caractère accablant des conclusions de l’OLAF, un organe indépendant chargé de la protection des intérêts financiers de l’UE, en pointant du doigt des manœuvres frauduleuses dont l’existence d’entrepôts secrets depuis lesquels les détournements sont organisés sous la supervision directe de responsables du polisario. « Une des raisons qui ont rendu ces détournements possibles est la surestimation, en l’absence de tout recensement officiel, du nombre des populations et donc des aides à fournir », a-t-il expliqué.

« La question qui se pose encore aujourd’hui est de savoir pourquoi de telles aides n’ont pas permis d’améliorer la condition des habitants des camps ? », s’est-il interrogé. En outre, a-t-il poursuivi, l’enquête a révélé que des prisonniers de guerre ou civils sont utilisés pour organiser les détournements et que les aliments de meilleure qualité sont écoulés sur les marchés de pays voisins.

Dans ses recommandations, l’OLAF juge prioritaire la prise de « mesures appropriées » par la Commission européenne en vue d’éviter que la situation se reproduise à l’avenir, une proposition restée jusqu’ici lettre morte. La mise en œuvre d’une telle mesure semble difficile en l’état actuel des choses en raison du refus de l’Algérie de tout recensement des populations présentes dans les camps. Le rapport de l’OLAF, dont la version intégrale a été rendue publique en début d’année, souligne que les pratiques frauduleuses, les abus et les irrégularités constatés par les enquêteurs européens profitent à de hauts responsables algériens dont ceux des services secrets algériens (DRS) et aux dirigeants du front polisario. Il ressort de ce document qu’une grande partie de l’aide internationale destinée aux camps de Tindouf est détournée de manière organisée depuis plusieurs décennies. Seule la partie de l’aide permettant aux populations des camps de Tindouf de survivre est distribuée, alors que le reste est vendu pour le compte des dignitaires du polisario et de leurs complices algériens, conclut le rapport.

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