Politique

1er mai: boycott inédit, un « malentendu » selon le gouvernement

1er-mai
1er-maiLa célébration vendredi du 1er mai revêt, cette année, un caractère bien particulier.

Des centrales syndicales parmi les plus représentatives (Union Marocaine du travail-UMT, Confédération Démocratique du Travail-CDT, Fédération Démocratique du Travail-FDT, Union générale des travailleurs du Maroc-UGTM), ont annoncé leur décision de boycotter les festivités de cette fête du travail en signe de protestation contre la politique gouvernementale.

Jeudi, l’UGTM et la FDT ont expliqué, dans un communiqué conjoint, que leur décision intervient en protestation contre la « conduite anti-démocratique du gouvernement ».

En revanche, l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM), le bras syndical du Parti de la Justice et du Développement, a décidé de célébrer cette journée sous le signe « appel continu pour mettre en œuvre les engagements et élargir les réformes ».

Il faut aussi relever que contrairement aux autres années, la célébration du 1-er mai 2015 n’a pas été précédée par le traditionnel round du dialogue social qui constitue d’habitude une occasion de rapprocher les positions des différentes parties et de prendre certaines mesures en faveur de la classe ouvrière. Une « sorte de cadeau ».

Pour les centrales syndicales qui boycottent ces festivités, leur décision, qu’elles qualifient d' »historique » et d' »inédite dans les annales du mouvement syndical au Maroc », intervient en guise de « protestation contre les agissements politiques (…) du gouvernement, qui font fi des revendications de la classe ouvrière marocaine et des appels du mouvement syndical visant à transcender le blocage social et politique et à ouvrir de nouveaux horizons pour le Maroc ».

Ces syndicats, qui avaient adressé, le 02 avril dernier, une lettre au Chef du gouvernement pour lui demander de tenir des rencontres pour discuter le plus tôt possible de leurs revendications, ont décidé d’organiser, durant le mois de mai, plusieurs manifestations de lutte et de militantisme « pour la défense des libertés et des droits des travailleurs, la préservation de la dignité et en réponse à l’indifférence du gouvernement vis-à-vis du mouvement syndical et son ignorance de la voix de la classe ouvrière ».

Dans une déclaration conjointe, l’UMT, la CDT et la FDT indiquent avoir agi après avoir épuisé « toutes les mesures et les moyens pour amener le gouvernement à traiter avec sérieux et responsabilité la revendication d’entamer des négociations tripartites ».

Les syndicats ont aussi estimé que l’une des principales caractéristiques de l’actuelle expérience gouvernementale est d’avoir « ignoré » les appels des syndicats d’ouvrir des négociations collectives, d’examiner et de répondre aux revendications de la classe ouvrière concernant la hausse des salaires, la baisse de l’impôt sur le revenu, le respect des dispositions de l’Accord du 26 avril 2011, outre la préservation des libertés syndicales et de tous les acquis sociaux de la classe ouvrière.

De leur côté, l’UGTM et la FDT, qui voulaient, dans un premier temps, célébrer conjointement les festivités de ce 1er mai en signe « de l’unification du mouvement syndicaliste marocain », sont revenues sur leur décision et ont décidé du boycott des festivités de la fête du travail, en protestation contre la « conduite anti-démocratique du gouvernement ».

Les deux centrales syndicales ajoutent dans leur communiqué conjoint avoir également décidé « la reprise du programme de militantisme à travers toutes les formules légitimes ».

Selon les deux centrales syndicales, la décision du boycott se justifie par « la politique impopulaire du gouvernement qui a sapé les acquis cumulés tout au long du processus du dialogue social et de négociation collective au sujet des revendications de la classe ouvrière », notant que « ce boycott tient également aux décisions et mesures impopulaires du gouvernement qui n’ont fait qu’attiser la tension ».

Réagissant à la décision du boycott des festivités du 1-er mai, le ministre de l’Emploi et des Affaires sociales, Abdeslam Seddiki, l’a qualifiée de « décision souveraine », relevant que ce « malentendu » sera dépassé et le dialogue repris dans un futur proche. Car, a-t-il dit, « le gouvernement est imprégné de la culture du dialogue et les portes ne demeurent pas fermées éternellement ».

Le ministre, qui s’exprimait mercredi lors d’une conférence de presse, a estimé que cela est dû à « un malentendu entre le gouvernement et les centrales syndicales quant à la définition des priorités, en ce sens que l’Exécutif juge nécessaire de se pencher, en premier lieu, sur le volet non onéreux financièrement à l’instar des questions en relation avec les libertés syndicales et la législation et de s’intéresser ensuite à l’amélioration des revenus, tandis que les syndicats jugent impératif de donner la priorité à la hausse des salaires ».

Défendant le bilan social du gouvernement, qui ne se limite pas, selon lui, à l’augmentation des salaires, mais concerne l’amélioration de la situation des salariés, le ministre a rappelé notamment à cet effet la création du fonds d’indemnisation pour perte d’emploi qui constitue, à ses yeux, « le plus grand cadeau octroyé à la classe ouvrière ».

Il faut aussi rappeler que le gouvernement n’a cessé d’énumérer les acquis engrangés au profit de la classe ouvrière, grâce à la mise en œuvre d’une grande partie des dispositions de l’accord du 26 avril 2011 et des conventions sectorielles, notamment en augmentant le quotas de promotion à 33 pc, en lançant le versement des indemnités pour perte d’emploi, en permettant aux retraités du privé qui n’ont pas accumulé 3240 jours de récupérer leurs contributions, en augmentant le SMIG de 15 pc, en élevant la pension minimale de 600 à 1000 DH, en amendant la loi sur les accidents de travail ou encore en promulguant une loi sur le travail domestique.

Du côté de l’UNTM, elle a considéré que son action syndicale s’inscrit dans le cadre de la consécration de la « crédibilité de la pratique syndicale qui tend à barrer la voie devant toute tentative de l’exploiter dans des luttes sans aucun lien avec les vrais intérêts de la classe ouvrière ».

Tout en saluant les acquis en faveur de la classe ouvrière, l’Union a toutefois réitéré sa détermination à poursuivre son militantisme en vue de renforcer les acquis et de s’inscrire dans les grands chantiers de réforme, notamment la réforme des régimes de retraite en vue d’assurer l’avenir et la pérennité de la protection sociale, de procéder à la révision du seuil de référence pour le calcul de la pension fixée à 6000 DH par la CNSS ou en révisant les indices de calcul pratiqués par le régime collectif d’allocations de retraite (RCAR).

Le syndicat a également appelé le gouvernement à mettre en œuvre le reste des dispositions de l’accord d’Avril 2011, notamment l’indemnisation du travail dans les zones éloignées et difficiles d’accès.

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