Musique

Maroc : Hit Radio veut étendre ses ondes sur toute l’Afrique

boumehdi-hitradio

Dix ans après son lancement, Hit Radio, petite station musicale « 100 % Hits », s’est imposée au Maroc et essaime avec succès dans d’autres pays africains.

boumehdi-hitradioHit Radio parle le langage des jeunes, aborde des sujets tabous et se donne une mission citoyenne. Et ça marche ! Jeans, polo et baskets rouges, debout devant son micro, Momo l’animateur vedette enchaîne « vannes » et propos sérieux en « darija (l’arabe dialectal marocain) épicé de français », devenu la marque de fabrique de cette chaîne privée.

La recette du succès

« Ne te fais pas avoir, va voter, c’est très important! » martèle-t-il lors de sa matinale. La chaîne a lancé il y a plusieurs mois la campagne « Mantsayadch » (« je ne me fais pas avoir ») qui passe en boucle sur les ondes pour motiver les jeunes à l’approche des élections communales du 4 septembre. Hit radio a également mis en place un site web et diffuse le remix d’un tube « Mantsayadch » qui a enregistré plus de 4,2 millions de vues sur YouTube. Un record dans un pays où les jeunes boudent généralement les scrutins. La matinale de Momo assure à la chaîne des records d’audience, avec des pics dépassant le million et demi d’auditeurs, dans un pays de 33 millions d’habitants en majorité âgés de moins de 30 ans. « Parler le langage de la rue et passer des messages de manière décalée et insolite » sont la recette du succès, estime Momo.

Premier réseau radiophonique privé

En près de dix ans, Hit Radio est ainsi devenu le premier réseau radiophonique privé du royaume avec 70 fréquences sur tout le territoire. Elle est première aussi sur « le segment des jeunes urbains », selon son PDG, Younès Boumehdi. La participation politique, le respect de l’environnement ou du Code de la route, la promotion des droits des femmes…, autant de thématiques qui cohabitent avec les classements des musiques marocaines et étrangères les plus populaires du moment. « Quand on a la prétention de s’adresser aux jeunes, on a aussi la responsabilité de les amener à penser à des choses importantes », explique M. Boumehdi, qui présente sa radio comme un « espace d’expression », et pas seulement une station musicale.

Une réputation de franc-parler

Il l’a lancée en 2006, à 35 ans, profitant de la « libéralisation des ondes » au Maroc et prenant ainsi sa revanche sur une « frustration d’adolescent » : jeune, Younès Boumehdi écoutait les radios espagnoles captées depuis le Maroc en se demandant pourquoi les jeunes Marocains n’avaient pas le droit à la même chose. Le concept de Hit Radio mûrit alors dans sa tête : une station proche des jeunes, qui parle leur langue et s’attaque aux sujets qui les préoccupent et aux tabous. Une fois lancée, la station acquiert rapidement une réputation de franc-parler ou d’insolence, selon que l’on se place du côté de ses supporteurs ou de ses détracteurs. Cette ligne éditoriale lui a valu quelques tracas. Comme en 2007, quand une jeune auditrice de 17 ans a raconté en direct son viol par deux voisins et sa peur que ses parents la renient s’ils l’apprenaient.

Amende pour « défaut de maîtrise d’antenne »

Cette première sur les ondes marocaines et d’autres émissions sur des questions sensibles comme l’adultère, la consommation de drogue et d’alcool et l’homosexualité valent à Hit Radio une condamnation du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA) à une amende de 10 000 euros pour « défaut de maîtrise d’antenne ». Mais, aujourd’hui, « les lignes ont changé et plus de radios abordent ces sujets sans trop de risques », affirme M. Boumehdi, fier d’avoir contribué à défricher le terrain. Hit radio continue sur sa lancée avec des émissions comme Doc t’écoute, animée par le sexologue Samad Benalla : dans une de ses nocturnes, ce médecin-animateur a par exemple diffusé le témoignage d’un jeune homme à la recherche de son orientation sexuelle.

Implantée dans d’autres pays d’Afrique

Dans un pays conservateur où l’homosexualité est taboue et punie d’emprisonnement, de tels témoignages sont « nécessaires », juge-t-il. « Je ne brise pas de tabous et je n’appelle pas à la débauche comme certains m’en accusent : je suis là pour offrir une écoute active et encourager les gens à parler de phénomènes existants », dit ce médecin. Depuis 2012, Hit Radio s’est implantée dans d’autres pays d’Afrique : Centrafrique, Gabon, Congo-Brazzaville, Sénégal, Burundi, Burkina Faso, Togo, Côte d’Ivoire et Comores. « On reste sur le même format que celui développé au Maroc avec une programmation au goût du jour (…), en présentant les artistes locaux dans un écrin qui n’a rien à envier aux stars internationales », détaille le PDG. Prochaine cible : « Le Niger, bientôt ».

avec afp

Comments
To Top