Cinéma

Marrakech, temple populaire du cinéma d’auteur

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fifmcoppolaLe cinéma est avant tout un spectacle populaire, n’en déplaise à certains critiques qui dénigrent le genre cinéma populaire souvent opposé au cinéma d’auteur

Si le Festival International du Film de Marrakech (FIFM) accorde dans sa programmation, pour le plus grand bonheur des cinéphiles, une place de choix à des films dits d’auteurs, singuliers, venu d’ailleurs et souvent très peu diffusés, il n’en est pas moins le lieu de célébration du cinéma populaire, celui des productions commerciales qui touchent un grand public et que célèbrent, chaque année avec ferveur, la foule marrakchi face au tapi rouge.

Ferkous, Saïd Naciri, Shahrukh Khan, Adel Imam, Leonardo Di Caprio ou encore Sharon Stone sont les étoiles qui indéniablement font la magie de l’événement et qui nous rappellent que le cinéma est avant tout un spectacle populaire, n’en déplaise à certains critiques qui dénigrent le genre cinéma populaire souvent opposé au cinéma d’auteur.

Comme le souligne le critique de cinéma Régis Dubois le spectacle cinématographique est né parmi la plèbe. : « C’est un fait, pendant longtemps le cinéma n’est pas considéré comme un art, mais plutôt comme une curiosité de foire, une attraction vulgaire destinée exclusivement aux masses laborieuses (…). Aussi, pour rien au monde, les bourgeois et bien-pensants ne se seraient aventurés ne serait-ce que quelques minutes dans ces lieux de perdition, repères des « classes dangereuses » ».

Le cinéma est ensuite devenu un lieu de « distinction, de snobisme et de domination »,  précise le critique : « Qu’à un moment donné une élite éclairée ait opéré un véritable hold-up pour s’emparer du 7eme art (via la fameuse « politique des auteurs ») ne fait pour moi aucun doute. Et il y aurait beaucoup à dire sur les moyens utilisés par ces derniers pour créer une véritable distinction entre le “vrai art” cinématographique et le cinéma populaire ».

Une distinction qui perdure aujourd’hui encore et qui tend malheureusement à déformer les qualités indiscutables de cette approche cinématographique. « « Réduire » ainsi le cinéma populaire à un rôle uniquement commercial, comme reléguer le cinéma d’auteur dans des réalisations hermétiques ou des allégories politiques, revient à ignorer la complexité de ce qui fait le succès d’un film. » rappelle Nicole Beaurain, auteur d’une contribution sur « Le cinéma populaire et ses idéologies ».

Une vision assez simpliste du cinéma populaire le définit dès lors comme un art adressé à un public de masse qui sollicite chez lui davantage l’émotion que la réflexion. Ce spectacle viserait directement le plaisir immédiat du spectateur en stimulant chez lui des sentiments comme la joie ou la peur. La grande matrice de ce genre est le Happy End, marque de fabrique des grands succès de Hollywood, Bollywood ou encore du cinéma égyptien.

Ce cinéma est souvent associé à un modèle économique qui vise la rentabilité, au détriment de la qualité, un cinéma qui utilise des recettes toutes faites, tablant souvent sur l’adaptation d’œuvres littéraire à succès, de bandes dessinées ou même de jeux vidéo, minimisant ainsi les risques en se basant sur un scénario peu original mais efficace. Mais le cinéma populaire dépasse largement cette dimension.

Même s’il vise un large public et qu’il est accessible au plus grand nombre, cela ne veut pas dire qu’il est irrémédiablement affaibli par les contraintes du marché. En effet, comme l’explique Bruno Barde, directeur artistique du FIFM, il existe des grands films qui ont connu énormément de succès auprès du grand public et qui sont des œuvres d’auteurs, comme s’est le cas pour Terminator (1984), film de science-fiction américain réalisé par James Cameron.

En fait, comme l’expliquent Gérald Jamsin-Leclercq : « Dans le cinéma dit « d’auteurs », beaucoup de réalisateurs font des films populaires comme Pedro Almodovar et Woody Allen pour n’en citer que deux parmi les plus connus. S’ils visent le divertissement, ce n’est pas nécessairement un cinéma « au rabais », ni du fast-food de l’image. Ces films n’en sont pas moins complexes et porteurs de valeurs ». Marrakech a bien compris la grande nécessité de concilier cinéma d’auteur et cinéma populaire, au grand plaisir des festivaliers.

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