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Mexique: dans les montagnes du Chiapas, des indigènes séduits par l’islam

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A travers le brouillard entourant les montagnes du Chiapas, Etat mexicain majoritairement indigène, la présence d’une imposante mosquée est le reflet d’un islam qui gagne en popularité dans ce pays qui accueillera le pape François du 12 au 17 février.

Alors qu’augmentait le nombre de musulmans au Mexique entre 2000 et 2010, quatre lieux de prière de courants différents de l’islam faisaient leur apparition autour de la ville de San Cristobal de las Casas.

L’humble mosquée de la communauté Ahmadia, improvisée dans une maison au toit métallique, contraste avec celle qui se trouve sur le trottoir juste en face, appartenant à la communauté Murabitun, avec son grand dôme et son minaret.

« Moi je ne suis pas né musulman, je le suis devenu en 1995. J’ai été le premier de ma famille », raconte fièrement à l’AFP l’imam Ibrahim Chechev, qui s’appelait auparavant Anastasio Gomez.

Originaire de l’ethnie maya tzotzil, Ibrahim, 34 ans, dirige la communauté Ahmadia, appelant ses 60 fidèles à réaliser les cinq prières quotidiennes recommandées par le Coran. Il officie dans le modeste salon sans fenêtres d’une maison.

Il faisait auparavant partie de la communauté Murabitun, plus prospère. Pionnière dans l’implantation de l’islam au Chiapas, elle a perdu un grand nombre d’adeptes qui ont préféré créer leurs propres communautés.

« Nos coutumes tzotziles les choquaient, comme la langue et la nourriture à base de maïs. C’est pour ça que je les ai quittés », raconte-t-il.

Après le Brésil, le Mexique est le deuxième pays le plus catholique au monde, une religion partagée par 82% de la population.

Mais quand le pape rendra visite en février aux communautés indigènes du Chiapas, à l’occasion de son déplacement au Mexique, il y trouvera l’Etat le moins catholique du pays, avec seulement 58% de ses habitants se déclarant de cette foi selon le dernier recensement officiel en 2010.

Outre des musulmans, le Chiapas compte nombre de bouddhistes, évangéliques et juifs.

– Confidentiel –

Dans un pays de plus de 120 millions d’habitants, l’islam reste toutefois confidentiel : 1.421 adeptes en 2000 (dont 45 au Chiapas), 3.760 en 2010 (110 au Chiapas).

Mais il a commencé à se faire une place au Chiapas avec l’arrivée d’Espagnols musulmans, les Murabitun, en 1994, en pleine activité de la guérilla de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Après avoir tenté, en vain, de convaincre le sous-commandant Marcos de les laisser recruter des fidèles parmi les troupes zapatistes, ils ont décidé de faire connaître l’islam dans le reste de l’Etat.

L’islam « est en plein essor parmi les communautés indigènes » du Chiapas où les habitants vivent dans la pauvreté et croient en la promesse d' »une vie meilleure », explique Pedro Faro, directeur du Centre des droits de l’Homme Bartolomé de las Casas et expert en droits indigènes.

La religion a aussi profité de ses similitudes avec la culture tzotzil.

« Les musulmans prient à voix haute et à des heures fixes du jour », ils ont un « profil de travail » communautaire, des pratiques proches de celles de la communauté indigène, souligne Pedro Humberto Arriaga, curé catholique du village proche de San Juan Chamula.

Ibrahim Chechev se rappelle ainsi que son grand-père, avant de se convertir à l’islam, « se lavait la tête et les pieds et s’asseyait pour méditer seul et exprimer sa reconnaissance, plusieurs fois par jour ».

Guadalupe Gomez, jeune femme souriante de 20 ans, a pris le nom arabe de Aysha – le prénom d’une des épouses du prophète Mahomet – au moment de devenir musulmane. Elle porte aujourd’hui le voile.

« Cela ne me dérange pas, cela fait déjà partie de moi. Je sens que cela me rend unique face aux autres », assure-t-elle.

Mais les musulmans souffrent du climat de suspicion lié aux récents attentats revendiqués par le groupe Etat islamique, notamment en France.

« Quand nous allons dans la rue on nous demande +Vous êtes musulmans ? Vous faites partie de ceux qui assassinent ?+ et nous devons leur dire qu’ils se trompent complètement », témoigne Ibrahim Chechev.

AFP

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